Cette nouvelle frappa le lieutenant comme un coup de foudre. Il eut pourtant assez d'empire sur lui-même pour n'en rien laisser paraître tant qu'il fut en présence des orphelins; mais une fois sorti de leur demeure, il exhala par les plaintes les plus amères la douleur que lui causait l'annonce de cette séparation inattendue.

--Pourquoi donc, s'écria-t-il en étouffant un sanglot qui lui montait à la gorge, pourquoi donc avoir entrevu le bonheur?... seulement pour le voir s'évanouir, alors que j'avais lieu d'espérer d'en pouvoir goûter un jour toutes les délices! Insensé! pourquoi ne lui avoir point fait plus tôt l'aveu de l'affection, de l'admiration sans bornes qu'elle a su m'inspirer? C'en est fait! elle m'a vaincu sans le savoir; eh bien! dès demain, j'irai la trouver pour lui offrir de partager mon sort et de porter mon nom. Elle est pauvre, et elle voudra bien accepter sans doute. Ah! oui, j'irai!

Quand la matinée du jour suivant fut assez avancée pour lui permettre cette démarche, Harthing, le cœur partagé entre l'espérance et la crainte, frappa discrètement à la porte de la chambrette que Marie-Louise allait bientôt quitter.

Celle-ci vint ouvrir et recula de surprise à la vue du lieutenant. En ce moment elle était seule; car son frère parcourait la ville pour hâter les préparatifs du départ.

--M'accorderiez-vous, mademoiselle, la faveur d'un moment d'entretien, dit le visiteur en saluant profondément Mlle d'Orsy.

--Certainement, monsieur, veuillez entrer, répondit celle-ci, qui rougit pourtant à la pensée de se trouver seule avec le jeune homme.

Et, montrant un siège à l'officier, elle alla s'asseoir, mais à une certaine distance de l'étranger.

--Où veut-il en venir? pensa Marie-Louise de plus en plus embarrassée.

--Permettez-moi d'abord, continua John Harthing, de m'excuser auprès de vous d'avoir caché sous de vains prétextes les fréquentes visites que je vous ai faites depuis quelques semaines. Vous me pardonnerez peut-être, quand je vous aurai dit que je vous aimai dès le premier jour où je vous vis.

A ces derniers mots la jeune fille se redressa soudain, tandis que l'expression de sa figure devenait sévère, et que le sang fuyait ses joues.