CHAPITRE VIII
MOUSQUETADE ET MOUSQUETS.
Le matin du 17 octobre s'annonça sombre, humide et froid. Une forte brise de nord-est soulevait des vagues dans le port et les affolait en les irritant, tandis qu'une pluie fine et pénétrante jetait son manteau gris sur la ville engourdie.
Sept heures sonnaient au château, lorsque la sentinelle qui grelottait sur la terrasse, crut voir, au travers du brouillard, plusieurs embarcations se détacher des vaisseaux ancrés au milieu du fleuve. Le factionnaire se persuada bientôt, à n'en point douter, que ces chaloupes étaient chargées d'hommes. Aussitôt il donna l'alarme.
Nous avons vu que le château était bâti à l'endroit où est maintenant notre plate-forme. Située à quatre-vingts pieds au-dessus du niveau du fleuve et sur le sommet de la falaise, la maison du gouverneur général avait alors deux étages et cent vingt pieds de long, avec deux pavillons à chaque bout. La terrasse qui régnait en avant du château et regardait le fleuve et la basse ville, était longue de quatre-vingts pieds. Le château était irrégulier dans sa fortification, n'ayant que deux bastions situés tous deux à l'endroit où est maintenant le jardin du Gouverneur. Aucun fossé n'en défendait l'approche.
La garnison du château du Fort était de deux sergents et vingt-cinq soldats, outre la compagnie des gardes du gouverneur; celle-ci se composait d'un capitaine, d'un lieutenant et de dix-sept carabiniers.[28]
[Note 28: ][(retour) ] La Potherie.
Dès que M. de Frontenac eut entendu le signal donné par la sentinelle, il s'empressa d'accourir. Et pourtant à peine avait-il pu reposer une heure, occupé qu'il avait été durant la nuit à donner ses ordres aux officiers. Le vieux militaire avait trop longtemps dormi sous la tente et au bivouac pour n'être pas brisé à cette vie d'alertes et de surprises qui est celle du soldat.
--Qu'y a-t-il? demanda le comte au factionnaire qui se tenait devant son chef, raide et au port d'armes.