Célestin profitait du moindre prétexte pour tourner à chaque instant la tête du côté de sa petite femme qui lui lançait de radieuses oeillades, tandis que la pauvre Alice, en voyant cette interminable route s'allonger devant elle, se demandait tristement si le bonheur l'attendait au bout de la voie, ou si plutôt le malheur n'était pas embusqué à quelque tournant du chemin, prêt à bondir sur elle comme un bandit sur le passant.
CHAPITRE QUINZIÈME
UNE EXPIATION
La grosse cloche de la cathédrale sonnait à toute volée le dernier coup de la grand-messe, et déjà, remplissant les rue ardemment éclairées par le joyeux soleil de mai, les fidèles se hâtaient d'arriver à l'église.
M. et Mme Cognard, tout endimanchés, en vrais bourgeois qu'ils étaient, et prêts à sortir, semblaient attendre quelqu'un avec la plus vive impatience. Tandis que Cognard, le chapeau sur la tête, mâchonnait quelques jurons en marchant de long en large dans la salle à dîner qui donnait sur la rue Sainte-Anne, sa femme, debout devant la fenêtre, regardait au dehors, les sourcils froncés et les yeux pleins d'éclairs.
—Es-tu bien sûre, dit pour la vingtième fois Cognard en s'arrêtant derrière sa femme, qu'Alice n'est pas encore revenue de la basse messe?
—Quand je te dis que oui, répondit dame Gertrude en se tournant vers son mari avec un mouvement d'impatience.
—As-tu été voir dans sa chambre?
—Non, mais la cuisinière vient encore de me répéter qu'Alice et Lisette—qui ont dû sortir à bonne heure puisqu'elle-même ne sait pas quand elles sont parties—ne sont pas encore de retour. Du reste, nous en aurions eu connaissance, nous sommes debout depuis huit heures!
—Qu'est-ce que cela veut dire! s'écria Cognard que frappa du pied en lâchant un de ses plus gros jurons.