En ce moment le marteau heurta violemment la porte de la rue.

Madame Cognard, qui depuis un instant tournait le dos à la fenêtre, n'avait pu voir arriver personne.

—Enfin les voilà! grommela-t-elle en sortant dans le vestibule pour aller ouvrir, et bien décidée à gourmander sa belle-fille. La bouche toute pleine de méchants reproches, elle ouvrit brusquement la porte. Mais au lieu de donner cours à sa colère, elle fit un pas en arrière et resta la bouche géante. Pâle, essoufflé, tremblant d'émotion, un pied sur le seuil, le capitaine Evil se dressait devant elle.

—Mademoiselle Alice est-elle ici? cria l'officier d'une voix étranglée. Au nom de Dieu, répondez-moi! s'écria-t-il en faisant un pas dans le vestibule.

—Je ne… sais pas… balbutia madame Cognard. Je vas aller… voir à sa chambre.

Elle monte en courant l'escalier conduisant au premier étage, ouvre la porte de la chambre de sa belle-fille, voit d'un coup d'oeil que la pièce est vide, et, apercevant un papier placé bine en vue sur la toilette, elle le saisit et lit en deux secondes ces mots qui y sont écrits au crayon:

"Mon père, je n'ai pu me décider à épouser cet homme. Je pars, pardonnez-moi!"

Comme une furie, madame Cognard bondit hors de la chambre et se précipite dans le corridor. Mais aveuglée par la fureur, elle manque la seconde marche, s'embarrasse les pieds dans sa robe traînante, tombe la tête la première du haut en bas de l'escalier en jetant un cri terrible, et le crâne ouvert, le cou rompu, elle reste étendue sans bouger par terre.

Cognard accourt, la soulève dans ses bras, tout en jetant un coup d'oeil sur le papier fatal qu'elle tient encore entre ses doigts crispés. Et puis il s'affaisse sur lui-même en poussant des beuglements de douleur et de rage… Il ne relevait qu'un cadavre… et sa fille était partie…

Evil est aussi accouru. Il jette à son tour les yeux sur le papier froissé, comprend tout, et, sans s'occuper ni de Cognard ni de la morte, il sort de la maison en courant comme un fou.