Après l'alerte de la nuit précédente on avait trouvé près d'une embrasure, à gauche du bastion des Ursulines, la sentinelle garrottée et bâillonné par Tranquille. Quand on lui enleva le bâillon qui l'étouffait, le factionnaire raconta comment il avait été désarmé et réduit à l'inaction par deux hommes qui venaient de s'enfuir en compagnie de deux femmes.
Cette nuit-là Evil n'était pas de service; il n'apprit qu'en se levant, sur les neuf heures, les évènements de la nuit précédente. En s'habillant, l'idée de ces deux femmes qu'on lui disait avoir quitté la ville le tourmentait fort.
—Connaît-on les deux hommes? demanda-t-il à son ordonnance.
—Non, capitaine, pas encore.
Evil de plus en plus tourmenté par ses soupçons sortit en toute hâte et s'en alla droit au collège des Jésuites. Quant il arriva à la chambre qui, d'après ses ordres avait été transformée en cachot pour Tranquille et son compagnon, le capitaine en trouva la porte ouverte. Le soldat à qui il avait spécialement confié la garde des prisonniers se tordait les bras en face de l'énorme grillage éventré. Evil poussa un hurlement, renversa le soldat d'un coup de poing et courut chez Cognard.
On vient de voir ce qui l'y attendait.
CHAPITRE SEIZIÈME
OU IL EST PARLÉ DE CERTAINES CHOSES ET DE QUELQUES AUTRES
Le matin du sixième jour de mai, entre quatre et cinq heures, un coup de canon tiré de la rade éveilla en sursaut les bons habitants de Québec. Quelques jours auparavant, les Bostonnais avaient lancé contre la ville un brûlot qui après être venu assez près de la place pour terrifier les habitants, était allé s'échouer, poussé par la marée, sur la batture de Beauport où il avait fini de brûler avec plus de bruit que d'effet, et de lancer sur la grève déserte ses bombes, ses grenades et ses fusées.
Or ce matin-là, les Québecquois en entendant ce coup de canon bientôt suivi d'un seconde, d'un troisième et de plusieurs autres, crurent que c'était un nouveau brûlot qui, cette fois-ci, éclatait devant la ville. Aussi chacun s'élança-t-il hors du logis,