………………….dans le simple appareil D'un bourgeois que l'on vient d'arracher au sommeil.

Tout en recommandant son âme au Seigneur, chacun s'attendait à voir d'un moment à l'autre le vaisseau maudit s'ouvrir, éclater comme un volcan et vomir sur la ville des torrents de souffre et de goudron avec une infernale pluie d'obus et de pots-à feu. Mais quelle joie sereine n'inonda-t-elle pas le coeur de ces braves gens quand ils reconnurent que c'était une frégate qui, bientôt suivie de plusieurs transports anglais, jetait l'ancre devant la ville. On répondit à ces navires libérateurs par plusieurs décharges d'artillerie, et l'on courut sur la place d'armes pour saluer les troupes qui allaient débarquer.

Le général Carleton fit aussitôt descendre à terre les grenadiers et cinq autres compagnies. Les grenadiers demandèrent au général la permission d'aller déloger les Bostonnais de leur camp. Il y consentit, fit prendre les armes à neuf cent hommes de la milice, et se mettant lui-même à la tête de ces douze cents combattants, il sortit avec eux de la ville. Du plus loin qu'ils les virent venir, les Bostonnais commencèrent à détaler à toutes jambes, et, sans brûler une seule cartouche, abandonnèrent tous leurs bagages, leur artillerie et leurs munitions. La plupart même jetèrent leurs fusils. On prit aussi trois pièces de canon, deux obusiers, des bombes, etc., qui étaient le reste de l'artillerie des Bostonnais[31].

[Note 31: Mémoires de Sanguinet.]

Le blocus était levé.

Pendant ce siège, qui avait duré cinq mois, le feu de l'artillerie des assiégeants n'avait tué qu'un enfant et blessé seulement deux matelots dans la ville. Pour arriver à ce résultat les Américains avaient lancé sur la place sept cent quatre-vingts boulets et cent quatre-vingts bombes. Pendant le même temps la ville avait tiré, y compris les coups pour souffler les pièces dit ce bon Sanguinet, dix mille quatre cent soixante six coups de canon et lancé neuf cent quatre vingt seize bombes.

Croyez-vous que le grand empire de Russie produise jamais un chroniqueur que, aussi consciencieux que Mtre. Sanguinet, puisse exactement renseigner la postérité sur le nombre de coups de canon qui furent tirés durant le siège de Sébastopol?…

Partie de Sainte-Foye dans la matinée, avec Tranquille te Lisette, Alice n'arriva à Deschambault que fort avant dans la soirée. Après avoir passé la nuit en cet endroit les voyageurs repartirent le lendemain matin pour les Trois-Rivières, qu'il n'atteignirent qu'à une heure avancée le soir du cinq mai. Ils reprirent leur route de bon matin le jour suivant. Affaiblie pas sa maladie récente et par les émotions de tut genre par lesquelles elle avait passé, Alice n'était guère en état de supporter les fatigues d'un aussi long voyage que les mauvais chemins du printemps rendaient plus pénibles encore. Elle avait si peu comptée avec ses forces qu'elle perdit connaissance comme sa voiture traversait la paroisse de la Pointe-du-Lac, qui est située à dix milles plus haut que les Trois-Rivières. On conçoit quels furent l'effroi de Lisette et l'embarras de Tranquille en voyant leur maîtresse en ce piteux état. Heureusement qu'ils passaient en ce moment devant la maison d'un cultivateur de la Pointe-du-Lac. Tranquille courut y demander assistance. Le maître accourut à la voiture avec sa femme et aida Tranquille à transporter à la maison la jeune fille évanouie. Là, après une demi-heure de soins, Lisette et la maîtresse du logis parvinrent à réchauffer et à ranimer la voyageuse qui reprit enfin des sens.

Le docteur La terrière, qui dirigeait alors les forges de Saint-Maurice, dont la propriété appartenait à un M. Pélissier, et qui était bien connu dans les paroisses environnantes où il donnait souvent ses soins médicaux, étant venu à passer devant la maison, on l'y fit entrer. Après avoir vu mademoiselle Cognard et s'être informé du but où tendant son voyage, il la trouva si faible qu'il la déclara hors d'état de continuer sa route et lui ordonna de prendre plusieurs jours de repos absolu.

Ce fut un coup de foudre pour la pauvre enfant qui sentait bien elle-même l'impossibilité d'aller plus loin. Mais la hâte d'être réunie le plus tôt possible à son fiancé lui fit aussitôt prendre un parti extrême. Elle fit venir Tranquille auprès de son lit et lui dit: