Il fit appel à tout ce que son pauvre corps brisé renfermait encore d'énergie, et continua d'avancer.
Ils se traînèrent assez longtemps ainsi, lui se heurtant les pieds contre les pierres et les racines, glissant sur la mousse et sur la terre humide, mais ne tombant jamais cependant grâce aux efforts surhumains d'Alice.
Combien de temps marchèrent-ils de la sorte? c'est ce qu'ils n'auraient pu dire. Mais eussent-ils vécu cent ans, sous les conditions ordinaires de la vie, qu'un siècle ne leur eût pas semblé plus long que ces heures, que ces minutes, peut-être, dont chaque seconde égrenait sur eux des tortures indicibles. Lui, se sentir expirer à chaque pas, et penser Qu'elle allait bientôt rester seule, perdue en ce grand bois morne! Elle, de voir s'en aller mourant et se dire qu'elle allait lui survivre!
Et tant de souffrance, et tant d'horreur, le lendemain du jour nuptial..
—J'ai péché contre vos lois, et vous m'en punissez, ô mon Dieu! soupirait Alice, en étouffant des sanglots qui lui tenaillaient la gorge.
—Je suis maudit! pensait Evrard.
Firent-ils beaucoup de chemin? On ne le saurait croire. Car, voyez-vous, les pauvres enfants ne pouvaient aller bien vite!
Cependant les bruits qu'ils avaient entendus devenaient de plus en plus distincts. Ils finirent même par apercevoir des lueurs entre les arbres.
Ils s'arrêtèrent. On allait, on revenait autour de plusieurs feux. Il devait y avoir là beaucoup de gens. Un bruissement confus de voix nombreuses se faisait entendre à distance.
—Allons, allons! dit Evrard avec impatience—J'ai cru que j'allais tomber, songea-t-il, et si je tombais, ce serait fini!—Du courage, ma bonne Alice, du courage… dans quelques instants… nous seront sauvés!