—Que veulent-ils donc? lui demanda sa femme.
—L'or que tu leur as fait voir. Est-il prudent de le leur donner maintenant?
—Oui, plus prudent que de vouloir discuter avec eux en un pareil moment, répondit Alice en tendant la bourse à celui qui la lui demandait. Seulement dis-leur, Marc, qu'ils en auront trois et quatre fois plus, s'ils te rendent en quelque endroit habité.
Evrard achevait à peine de traduire ces paroles, que celui des porteurs, qui parlait au nom des autres, lui répondit en branlant la tête:
—Vous nous offririez à chacun une fortune, que nous ne l'accepterions pas. Nous avons perdu nos compagnons de vue, nous mourons de fatigue et de faim, et nous somme menacés de tomber entre les mains de quelque parti d'ennemis lancé sans doute à notre poursuite. Non, non, notre vie vaut encore mieux que tout votre or, et nous allons nous hâter de rejoindre nos camarades, pendant q'il en est temps encore. Ce que vous nous avez donné n'est que le juste prix que nous méritons cent fais pour vous avoir menés jusqu'ici. Tâchez de vous tirer d'affaire.
Misérables! s'écria Marc en se soulevant avec un geste de menace.
Mais eux, sachant bien qu'ils n'en avaient rien à craindre, lui tournèrent tranquillement le dos et s'enfoncèrent à grands pas dans le bois. Le blessé retomba sur le brancard avec un gémissement de désespoir.
Alice leva les mains vers le ciel, tourna sur elle-même et vint tomber sans connaissance à côté de son mari.
—O dieu! s'écria Marc, puisque tu veux notre mort, pourquoi donc prolonger autant notre agonie! Si tu es jaloux du seul jour de bonheur que nous ayons goûté, que n'en finis-tu donc d'un seul coup? Trève à ces tortures sans nom et fais-nous mourir!
Le délire le prenait.