—Mourir… répéta-t-il, quand nous sommes tous deux si jeunes! quant l'amour nous gardait encore tant de jouissances! Non, nous ne mourrons pas! Je veux vivre, moi, et je veux qu'elle vive aussi. Allons, plus de ces faiblesses indignes d'un homme te voyons à sortir de ce bois maudit. Si la mort est ici, là-bas est le salut; allons l'y chercher.

Il s'assit. Sa blessure lui fit un mal atroce, mais il en vainquit la douleur et se traîna auprès de sa femme évanouie.

—Alice, réveille-toi, fit-il en la pressant dans ses bras. N'entends-tu pas ma voix? Allons, il faut se lever et partir… Mais ne sens-tu donc plus le feu de mes baisers!

Il l'embrassait avec transport; mais la jeune femme restait froide à ses caresses et ne donnait aucun signe de vie. Soudain il s'arrêta, en apercevant sa gourde dont Alice avait voulu se charger pour l'en débarrasses. L'idée lui vint de verser de l'eau-de-vie sur les lèvres de la jeune femme.

Quelques gouttes ayant pénétré, entre les lèvres, et les dents, jusque dans la gorge d'Alice, l'action irritante de l'eau-de-vie la fit tousser et finit par la tirer de son évanouissement. Mais avec la vie lui revint aussi la mémoire, et en se rappelant toute l'horreur de la position, elle s'écria avec désespoir:

—C'est donc vrai qu'ils sont partis!

—En! qu'importe! Nous pouvons nous passer d'eux, je pense. Le chemin n'est-il pas battu devant nous?

Alice fut effrayée de l'animation fiévreuse que trahissait la voix de Marc. Elle se leva et le regarda. Il avait la figure empourprée par la fièvre.

—Je t'en prie, dit-elle, calme-toi, tu vas te faire mal!

—Me calmer! repartit Evrard avec un rire nerveux. L'occasion est bien choisie!… Tu te trouves donc bien, ici, toi, que tu veuilles y rester?