Le cinq décembre les Bostonnais s'étant emparé des faubourgs Saint-Jean et Saint-Roch, Carleton fit canonner ces deux endroits, après avoir sommé ceux qui les habitaient de rentrer dans la ville. Quelques personnes seulement cherchèrent un refuge dans la place, les autres gagnèrent la campagne pour éviter les misères d'un siège qui ne pouvait manquer de durer au moins tout l'hiver.
Dans la nuit du 10 décembre une grande agitation se manifesta dans la division du colonel Arnold, qui était campée sur les bords de la rivière Saint-Charles et qui, jusqu'alors, ne s'était occupée que de ses travaux d'installation.
Le général Montgomery venait d'envoyer l'ordre à son lieutenant Arnold de faire marcher immédiatement contre la ville la moitié de sa division, environ trois cents hommes. Le major Ogden devait diriger l'attaque.
Il pouvait être trois heures du matin lorsque les assaillants, après avoir gravi le coteau Sainte-Geneviève, pénétrèrent dans les rues du faubourg Saint-Jean. La nuit était noire. Pourtant, entre les angles indécis des toits, à travers l'obscurité tempérée par le reflet que la neige renvoyait de la terre, les assaillants entrevoyaient là-bas, devant eux, la ligne plus sombre des remparts. Affaiblis par la distance et assourdis par la neige, les appels réguliers et monotones des sentinelles dont on apercevait les silhouettes confuses au faîte des murailles, parvenaient aux Bostonnais comme les voix lugubres d'un autre monde. Plus d'un, soit par suite des âpres morsures de la bise, soit par l'effet pénible que causait cette sombre mise en scène, sentit la main glacée du frisson se glisser entre la capote et le dos, pendant le moment de la halte que fit faire Arnold à l'entrée du faubourg.
Quand on eut repris haleine le major donna l'ordre d'avancer mais le plus silencieusement possible. Les assaillants allaient donc, étouffant le bruit de leurs pas, rasant les maisons silencieuses et désertes et prêtant l'oreille au moindre bruit. Ils arrivaient aux premières habitations de la rue Saint-Jean qui avoisinaient les murs et commençaient déjà à déboucher sur la place aux pieds des fortifications, lorsqu'un éclair troua la nuit au-dessus de la porte de la ville.
Une détonation retentit, tandis que les ombres errantes sur le parapet des remparts disparaissaient comme par enchantement et que maints cris confus éclataient dans la place.
—Forward! crie Ogden qui tire son épée et bondit au premier rang.
—En avant! forward! répète après lui un jeune officier.
Mais ils n'ont pas fait cinq pas que la crête des murailles s'illumine de nouveau et que les balles commencent à miauler dans les rangs des Bostonnais.
Ceux-ci hésitent.