—Il y a, mon capitaine, répondit Tranquille en se redressant, que le major de cette nuit est là, qui veut vous parler.

—Fais-le entrer.

—C'est bien, mon capitaine, repartit Célestin qui tourna militairement sur ses talons.

Tranquille n'avait pas servi pour rien sous le général Montcalm et M. de
Lévis!

Le major Ogden entra. Il s'aperçut à l'air consterné de Marc Evrard combien l'échec de la nuit précédente avait humilié le jeune homme.

—Allons! allons! capitaine, fit le major en lui serrant affectueusement la main, reprenons un peu de courage. Par le diable! ce n'est pas l'escapade de cette nuit qui doive vous démoraliser ainsi! C'est pour la première fois que nos soldats voient le feu, savez-vous?

—On s'en aperçoit! gronda une voix dans la chambre d'à côté.

C'était Célestin Tranquille qui donnait son appréciation de l'armée américaine. Evrard toussa bruyamment pour le rappeler à l'ordre.

Ogden poursuivit:

—Vous aurez, ce matin même, l'occasion de voir ce que nos hommes peuvent faire. Moins encore pour mettre à profit votre connaissance des lieux que pour vous récompenser de votre belle conduite de la nuit dernière, le colonel vous charge d'aller vous emparer, avec votre compagnie, de la partie du faubourg Saint-Roch qui avoisine immédiatement les fortifications. Il vous est surtout recommandé de prendre possession de ce grand bâtiment que s'étend au pied des palissades et que vos gens appellent "le Palais". De la coupole que surmonte cet édifice, vous dominerez probablement les murailles et pourrez diriger un feu plongeant dans la place.