—Monsieur Mathurin, dit-elle, je ne veux rien vous cacher à vous; il faut que vous m'aidiez à revoir mon amoureux.
—Oh! oh! repartit l'autre, votre petit coeur en tient donc de ce gros Tranquille? Je vous en fais mon compliment mam'zelle Lisette. Si le gaillard a l'âme aussi tendre qu'il a la tête dure, je vous promets un bon mari.
—Il est donc mieux!
—Mieux? c'est-à-dire qu'il est sauvé. C'est égal, il avait reçu tout de même un fameux coup, et le chirurgien qui l'a soigné dit qu'il faut que ce diable de Célestin ait la caboche solide pour y avoir résisté.
—Mon bon Mathurin, laissez-moi donc le voir?
—Ta, ta, ta… voyez un peu ce petit lutin de fille si ça sait déjà bien vous enjôler un homme!… Monsieur Mathurin par ci!… mon bon Mathurin par là!… Tout ça c'est de la frime, Lisette. Tu fais les yeux doux au père Mathurin pour arriver plus sûrement jusqu'à l'autre. On connaît ça.
—Eh mais dites donc, mon cher Monsieur Mathurin, quand vous alliez voir Luce Côté, dans le temps—votre femme aujourd'hui et qui est encore assez jolie oui-dà…—
—Oui, ma foi! fit Mathurin en clignant de l'oeil d'un air goguenard, un assez beau brin de femme et encore pas mal conservée, hein, Lisette?
—Pardine! Eh bien, Monsieur Mathurin, quand vous lui faisiez votre cour si l'on vous eût tout à coup emprisonné pour un motif qui n'aurait eu rien de déshonorant, eussiez-vous trouvé bien mauvais que votre petite Luce eût honnêtement cherché à attendrir un gros méchant gardien comme vous pour tâcher d'aller vous consoler dans votre cachot?
—Non, c'est vrai, petite sournoise. Ce n'est pas que je blâme ta manière d'agir; mais je ne peux rien faire pour te contenter, Lisette. La consigne est là…