—Vous allez jouer gros jeu, dit Lisette à Célestin. S'il ne vous arrive point malheur, si nous nous retrouvons un jour et que vous ne m'ayez pas oubliée, je vous laisserai me conduire à l'église pour avoir un petit bout d'entretien avec M. le Curé.
Elle disait cela moitié pleurant, moitié souriant. Elle était charmante. Ce gros Célestin qui avait déjà l'âme toute troublée perdit ou plutôt recouvra tout à fait ses sens.
—Mam'zelle Lisette? dit-il.
—Eh bien?
—Laissez-moi vous embrasser?
—Ce sera la première et la dernière fois… avant notre mariage!
—Tope là, ça y est, Lisette! s'écria Tranquille qui ne se reconnaissait plus lui-même.
Il appuya ses grosses lèvres sur la joue de son amante qui s'enfuit aussitôt la figure rouge comme une pivoine épanouie sous un chaud rayon de soleil.
L'ANCIEN RÉGIME AU CANADA [29]
Les travaux historiques sur le Canada que M. Parkman poursuit depuis quelques années sont suivis avec un intérêt toujours croissant par nos compatriotes. Accoutumés depuis longtemps à voir la plupart des écrivains d'origine étrangère n'aborder notre histoire que pour la travestir, et ne chercher qu'à avilir notre race en répétant des assertions fausses et calomnieuses, nous avons salué avec joie cet auteur américain, dont les écrits attestaient des recherches consciencieuses, et dont les appréciations toujours étudiées, étaient souvent impartiales. Ce n'est pas encore toute la justice que nous sommes en droit d'attendre; mais c'est un acheminement vers l'entière vérité. Narrateur habile, M. Parkman a su faire admirer et aimer notre histoire: c'est une conquête qui en assure d'autres.