Après avoir écrit l'histoire de la fondation du Canada dans un premier volume intitulé: Les Pionniers Français dans le Nouveau Monde, il a fait connaître, à son point de vue, l'oeuvre des missions catholiques dans la Nouvelle-France sous le titre: Les Jésuites dans l'Amérique du Nord. Il a raconté ensuite les voyages et les aventures de nos grands découvreurs dans un troisième volume qui a pour titre: La Découverte du Grant-Ouest. La vie et les portraits de Joliet, du père Marquette et de La Salle y sont tracés de main de maître.

La suite des événements amenait naturellement l'auteur à raconter l'histoire de l'établissement du système féodal au Canada, sous le titre de l'Ancien Régime au Canada. Cet ouvrage répond-til à l'attente qu'il a fait naître? C'est ce que nous allons examiner.

[Note 29: The Old Régime in Canade, by Francis Parkman. Boston; Little,
Brown and Company, 1574, I vol. in 8º, 448 pages.]

CHAPITRE DIXIÈME

OU JAMES EVIL REPARAIT

Quelques jours plus tard, l'un des captifs-porteur d'une lettre adressée à Arnold, et dans laquelle les prisonniers bostonnais annonçaient au colonel qu'ils étaient en état de recouvrer leur liberté et de lui faciliter la prise de la ville—ayant réussi à s'échapper[30], le général Carleton fit redoubler de vigilance aux casernes où les Américains étaient détenus. Comme il se méfiait cependant quelque peu des Canadiens, il enjoignit au capitaine Evil d'aller établir son domicile aux casernes de l'Artillerie afin d'y surveiller de près les prisonniers et leurs gardiens eux-mêmes.

[Note 30: Mémoires de Sanguinet.]

Evil se logea dans une chambre voisine de l'appartement où les
Bostonnais étaient emprisonnés.

Or, par une après-midi où notre capitaine, devenu geôlier, charmait les ennuis de son nouvel emploi, en tête-à-tête avec un verre de grog de vieux rhum de la Jamaïque, son attention fut attirée par un bruit de voix que partait de l'appartement voisin. Les portes étant fermées, Evil se demandait par où lui pouvait venir ce murmure qu'il n'était pas accoutumé d'entendre, quand son attention fut attirée sur le tuyau de poêle qui venait de la pièce occupée par les prisonniers et traversait la chambre où se tenait l'officier. Ce tuyau se trouvait disjoint prés de la cheminée où il aboutissait.

Evil monta sur une chaise et approcha son oreille de l'orifice béant. Ainsi placé, les paroles de ceux qui conversaient dans l'appartement contiguë lui arrivaient distinctement.