Pour l'intelligence de ce fait il faut dire que les prisonniers s'étaient pliants depuis plusieurs jours que leur poêle fumait affreusement. On en avait trouvé la cause en constatant que le tuyau, brûle en un certain endroit près du poêle, livrait par une assez large ouverture un libre passage à la fumée. Un ferblantier qui avait été appelé, venait d'enlever la feuille endommagée et de l'emporter chez lui, afin d'en prendre la mesure exacte et d'en faire un semblable. Le tuyau perdant alors son point d'appui, avait baissé du côté de l'appartement des Bostonnais, et s'était disjoint dans la chambre du capitaine Evil, établissant ainsi d'une pièce à l'autre un conduit acoustique des mieux conditionnés.
Evil tira doucement à soi l'orifice supérieur du tuyau et prêta l'oreille aux sons qui lui apportait ce complice involontaire de son espionnage.
D'abord il n'entendit qu'un bourdonnement confus, et puis, soit qu'il prêtât plus d'attention, soit que deux des captifs se fussent, à leur insu, rapprochés davantage de l'autre extrémité du tuyau, les paroles suivantes lui parvinrent clairement, accompagnées mais non couvertes par le murmure de la causerie des autres prisonniers.
—C'est donc pour cette nuit? demandait une voix.
—Oui, répondant l'autre.
—A quelle heure?
—Deux heures après minuit.
—Serons-nous prêts?
—…(Ici l'un des prisonniers toussa bruyamment et Evil perdit quelques mots)… L'une des deux pentures de la porte est limée, l'autre ne tient plus qu'à demi.
—Cela va bien jusqu'ici, mais une fois la porte enfoncée?…