—Une fois la porte enfoncée, nous égorgeons les gardes—ils ne sont que douze—à l'aide des poignards que cette jolie brunette a apportés au Canadien. A propos, celui-ci s'est réservé le soin de faire passer l'arme à gauche à cet officier anglais qui nous a été envoyé ces jours derniers pour nous espionner sans doute. Il paraît en vouloir à cet officier et dit q'ils ont de vieux comptes à régler ensemble, et qu'il tient à s'assurer par lui-même que cet homme ne puisse plus nuire à certaines personnes auxquelles notre Canadien semble fort attaché.
—Tiens! pensa Evil, intéressé au plus haut point, comme ça se trouve! On m'avait dit, en effet, que le domestique de ce maudit Evrard était du nombre des prisonniers. Oui nous réglerons bientôt nos comptes, mais d'une toute autre manière que tu penses!
—Quant une fois nous aurons mis les gardiens à la raison, continua la voix, nous nous emparerons de leurs fusils ainsi que des munitions, et guidés par ce Canadien que connaît tous les êtres de la place, nous nous dirigerons en silence vers la porte Saint-Jean très-proche d'ici, paraît-il, et dont aucun obstacle ne nous sépare.
—Le poste qui la défend est-il nombreux?
—Il n'est composé que de trente-cinq à quarante hommes que, vu notre nombre de beaucoup supérieur, nous massacrerons en un rien de temps.
—Hum! est-on bien sûr de tous ces détails?
—Parfaitement. Une fois en possession de ce poste, nous sommes maîtres d'une partie des remparts et d'une forte batterie de canons que nous tournons contre la ville. Et, en avant la mitraille sur les citadins!
—Hourra! superbe!
—Chut! pas si haut, on pourrait nous entendre!
—Bah! il n'y a pas de danger! Et après?