—Lucrèce! Lucrèce!—dit Maurice d'un ton déchirant,—vous me tuez avant lui!
—Maurice, parlez-moi, contez-moi tout,—dit Lucrèce, en mettant dans son organe toutes ces notes caressantes qui arrachent les plus dangereuses confidences de l'abîme du coeur.
—Maurice, comment vous est-elle venue cette fatale idée? quels faux amis, vous ont attiré dans ces repaires où se forgent les armes de l'assassinat?
Une plainte stridente sortit de la poitrine du jeune homme.
Il mit sa main sur la bouche de Lucrèce pour arrêter sa parole, et, faisant un violent effort:
—Lucrèce, dit-il, vous ne pouvez comprendre ces choses-là… Vous ne souffrez pas comme nous des malheurs du temps!… quand la liberté, payée par le sang de nos pères va périr, le devoir des hommes…
—Oh! ne parlez pas ainsi aux femmes—interrompit vivement Lucrèce; —elles ne vous comprennent pas. Toujours du sang pour payer du sang! des morts pour venger des morts! Cela ne finira donc jamais! Comment voulez-vous que les femmes comprennent cette logique qui perpétue à l'infini le deuil et le sang au nom de la fraternité? Notre intelligence ne s'élève pas si haut. Plaignez-nous.
—Lucrèce! Lucrèce! il faut frapper un coup, et ce sera le dernier!
—Maurice! Caïn disait la même chose, il y a six mille ans!… Tout meurtrier sème un vengeur.
—Adieu, Lucrèce,—dit le jeune homme en se levant;—adieu, nous nous reverrons demain.