Lucrèce courut à la porte, la ferma vivement et retira la clé.
—Vous ne sortirez pas, vous dis-je; vous ne sortirez pas,—dit-elle d'un ton de reine.—Voyons, que comptez-vous faire demain?
—Lucrèce, je vous jure que j'ignore les secrets de la conspiration; ce que je sais seulement, le voici: Demain, un grand coup se frappera; le parti vaincu au 13 vendémiaire et le parti vaincu au 9 thermidor doivent se soulever dans une commune insurrection contre l'ennemi commun, et, après la bataille, nous verrons qui règnera du chouan ou du républicain.
—Folie atroce! À quelle monstrueuse combinaison vous associez-vous,
Maurice?
—Que nous importe la couleur de nos auxiliaires, si la liberté triomphe demain!
—Triomphe par l'assassinat du premier consul?… Achevez donc votre confidence; allez jusqu'au bout!
Maurice fit un geste plein de dignité, et dit:
—Lucrèce, nous livrerons une bataille; nous n'assassinerons pas! Si je savais qu'un lâche poignard dût se lever contre Bonaparte, mon bras désarmerait l'assassin, ou ma poitrine recevrait le coup.
—Ce malheureux enfant!—dit Lucrèce en tordant ses bras sur sa tête, —voilà le calme qu'il se donne pour guérir! Maurice, prends pitié de toi; ta vie n'a plus qu'un souffle, et…
—Et je le sais bien! interrompit le jeune homme; aussi veux-je donner ce dernier souffle à la République. J'étais né avec de nobles idées, avec une vocation pour les grandes choses, Dieu m'a refusé la force du corps sans laquelle il n'y a point de héros. Eh bien! une occasion se présente, pour moi, de résumer en un seul jour une longue vie glorieuse, je saisirai cette occasion. J'offre mon agonie à la République, et je meurs, le sourire au front, en songeant que la République vivra.