La jeune femme, assise, et la tête appuyée sur ses mains, semblait absorbée dans une mystérieuse méditation.

Maurice la regarda quelque temps avec un intérêt tendre; puis, son regard s'étant arrêté sur la pendule, il tressaillit, comme un homme qui vient d'être averti par l'heure qu'un rendez-vous solennel est manqué.

Il s'approcha lentement de la fenêtre, sans que le bruit de ses pieds, amorti par le tapis, excitât l'attention de Lucrèce, et ouvrant la vitre avec une dextérité prompte, il s'élança dans la rue, en criant son adieu!

Lucrèce se leva, tendit ses mains vers la fenêtre, et réprima un cri, par une inspiration de prudence.

Tout-à-coup ses yeux s'illuminèrent de l'éclair d'une pensée; elle fit de la main un geste énergique, comme si elle eût répondu à un invisible contradicteur, et s'asseyant devant un guéridon, elle écrivit un billet de deux lignes, et le cacheta.

L'adresse écrite, elle ouvrit sa porte et sonna.

—Tullie,—dit-elle à sa femme de chambre qui entrait,—les fenêtres du rez-de-chaussée servent de porte au besoin; Maurice vient de sortir par là pour économiser mon portier… Fermez, cette fenêtre, Tullie… Bien!… Écoutez, Tullie, croyez-vous que mon portier sache lire?

—Quelle idée!—dit Tullie en riant aux éclats,—est-ce qu'il serait portier, s'il savait lire? [2]

[Note 2: Cela ne regarde que les portiers de 1800, comme on le pense bien.]

—C'est juste, Tullie. Alors, il n'y a pas de danger d'indiscrétion… donnez ce billet au portier, et dites-lui d'aller le jeter tout de suite à la petite poste du Palais-National… Tout de suite, entendez-vous bien.