C'était une de ces fêtes militaires comme en donnait souvent le premier consul à ses soldats et aux Parisiens.

Bonaparte passait en revue sa garde consulaire et deux régiments de cavalerie, arrivés avec les trophées de la victoire de Hohenlinden.

Rien aujourd'hui ne saurait donner une idée de l'enthousiasme qui éclatait à ces solennités héroïques, où le général et le soldat se rendaient une mutuelle visite, dans l'entr'acte de deux victoires, sur la place du Carrousel.

Les spectateurs de ces merveilleuses scènes comprenaient qu'un monde nouveau était découvert, le monde de la gloire!

Et après tant de jours de sang et de terreur, ils croyaient ressusciter d'entre, les morts, en voyant luire l'aube des jours sereins dans les drapeaux du Thabor, la montagne de Dieu, et d'Héliopolis, la ville du soleil.

Le peuple qui, à force de se souvenir des échafauds, semblait avoir oublié la liberté, respirait, avec la joie du convalescent, cette atmosphère nouvelle que les soldats lui rapportaient du fond de la mer Adriatique, du sommet des Alpes, des jardins de l'Italie, des plages d'Aboukir.

Le peuple suivait sur la carte d'Europe et d'Afrique toutes les glorieuses étapes de nos armées.

Il s'exaltait à la lecture des bulletins; il tressaillait à cette multitude d'échos se renvoyant à l'infini des noms de victoires, de la crête des Apennins à la cime des Pyramides.

Et quand il s'était enivré de cette épopée fabuleuse, il la voyait apparaître, en histoire vivante, dans l'hippodrome du Carrousel, avec ses légions de géants, ses trophées conquis dans les temples du Tibre et du Nil.

Avec les glorieux haillons de ses bannières que tout un monde venait de saluer à genoux.