C'est alors que les acclamations s'élevaient plus vives encore, quand, sur le front des colonnes républicaines, passait, à cheval, le jeune héros dont le nom était déjà connu dans ces solitudes orientales que traversèrent Alexandre et César.
La joie du peuple arrivait au délire; toutes les têtes s'inclinaient de respect, avec les bannières des légions; tous les visages se mouillaient de larmes; toutes les mains se tendaient vers le glorieux vainqueur de Marengo et du Thabor.
Et lui, calme dans cette fête comme dans une bataille, mystérieux comme l'avenir, consolant comme l'espoir, traversait, avec une simplicité sublime, cette éruption d'enthousiasme populaire, et semblait chercher au livre du ciel les destinées promises par cette étoile qu'il avait vue, comme les Mages, se lever sous le palmier de l'orient.
La revue terminée, le premier consul s'arrêta devant le deuxième régiment de carabiniers, pour adresser quelques paroles de félicitations à ce corps, qui s'était couvert de gloire à la bataille d'Hochstett.
Au même instant, un homme sortit d'un groupe de curieux et s'élança vers Bonaparte; deux cavaliers lui barrèrent le chemin, et des surveillants de police s'emparèrent de lui.
La découverte du complot tout récent d'Aréna et de Ceracchi justifiait cette sévérité de vigilance, car, en ce moment, aucune vie n'était plus précieuse que celle du premier consul.
—Je vous dis qu'il faut que je parle au premier consul! cria d'une voix de tonnerre l'homme suspect qu'on venait d'arrêter.
Le costume de cet homme annonçait un marin.
Et son accent formidable, ses yeux noirs en éruption, son teint d'un brun tropical, ses gestes traducteurs des paroles, annonçaient un marin du Midi.
Les curieux, qui obstruaient le guichet du Carrousel où se passait la scène, accoururent en foule; et, dans ce nombre, on aurait pu remarquer des gens qui paraissaient décidés à saisir une occasion quelconque de trouble pour improviser ou pour terminer une conspiration.