À toutes les époques d'agitation politique, la foule ne cesse d'accourir çà et là.
Le poète observateur Virgile, qui vivait dans une époque semblable à la nôtre, a répété à l'infini ces deux mots, concurrit populus, le peuple accourt.
Nous continuons d'accourir depuis ce temps-là.
Cette fois il s'agissait, pour la foule, d'écouter une discussion que l'histoire du mémorable 3 nivôse n'a pas accueillie dans sa gravité, trop ennemie des humbles détails.
Mais le roman, qui se pique d'être plus vrai que l'histoire, est friand des incidents subalternes, car ce sont eux qui déterminent les grands événements et les présentent sous leur véritable jour.
Il n'y avait pas à cette époque, à tous les coins de Paris, ce luxe d'affiches qui annoncent trente spectacles à la fois, et tapissent une colonne ou un pan énorme de mur public.
Quatre modestes placards suffisaient alors pour annoncer les soirées de la Comédie-Française, du Théâtre de la République et des Arts, du Vaudeville et de Feydeau.
Or, le 3 nivôse, l'affiche du Théâtre des Arts, placardée sur un coin du Carrousel, était ainsi conçue:
—Première exécution de LA CRÉATION DU MONDE, oratorio d'Haydn, parodié en vers français par le citoyen Ségur jeune.
—Le citoyen premier consul assistera à cette solennité musicale.