—Eh bien! moi,—disait un membre de la foule,—si j'étais le premier consul, je n'irais pas à cet oratorio.

—Citoyen, tu manquerais au public!—criait un autre.

—Le premier consul est bien respectable, c'est vrai; mais le public est aussi respectable que lui: il ne faut pas lui manquer, dit un troisième.

—Oh!—poursuivait le premier,—si c'était le citoyen Bonaparte qui eût autorisé le directeur du théâtre des Arts à composer ainsi cette affiche, je n'aurais rien à dire, mais le directeur a pris cela sur lui; c'est une spéculation: il veut faire recette, voilà tout.

—Ce directeur n'a pas tort, citoyen; les recettes ne sont pas fortes par le temps qui court; on en fait comme on peut.

—Ah! oui, citoyen! et si le premier consul, qui a bien d'autres affaires que la Création du monde sur les bras, ne va pas au théâtre ce soir?

—La recette sera faite; c'est l'essentiel pour le directeur.

—Moi, je dirais mieux que tout cela,—interrompit un nouvel interlocuteur.

Choeur de curieux.—Ah! voyons ce que dirait ce citoyen!

—Je dirais que le premier consul ne devrait jamais compromettre sa vie en public, surtout depuis le 18 vendémiaire dernier. Ce jour-là, au théâtre, si le général Lannes n'avait pas veillé sur son ami Bonaparte, le premier consul était assassiné dans sa loge, par Demerville, Aréna, Ceracchi, Topino-Lebrun et bien d'autres encore…