Un soir de décembre 1800, la belle Lucrèce tisonnait devant sa cheminée de salon, comme une Vestale, et suivait le mouvement des aiguilles de sa pendule, avec un intérêt qui ressemblait à de l'ennui.

Deux candélabres, hérissés de bougies, illuminaient ce petit temple, et donnaient à la déesse un éclat de beauté fabuleuse.

Chaque pièce de l'ameublement était une imitation de l'antique.

Les fauteuils se déguisaient en chaises curules, les guéridons en trépieds, les tables en autels, les bougeoirs en lampes sépulcrales.

On voyait sur les panneaux des portes des cimeterres en sautoir, agrafés par des liasses de foudres à dard, le tout surmonté d'un casque de consul avec un cimier éploré.

Tullie, la jeune camériste, entra familièrement, comme une confidente de comédie, et dit d'une voix prudente:

—Madame reçoit-elle ce soir?

—Oui et non, répondit Lucrèce, en se renversant nonchalamment sur sa chaise curule, et en croisant sur son sein ses beaux bras, antiquement nus, selon les moeurs du Directoire.

—Cela veut dire que madame ne recevra pas le citoyen Périclès? ajouta
Tullie.

—Est-il venu? demanda Lucrèce.