—Cela m'est bien égal, dit Lucrèce en congédiant d'un brusque mouvement de tête, sa femme de chambre.
Tullie s'inclina, frotta ses petites mains, et sortit pour congédier le nouveau visiteur.
Lucrèce prit sur un trépied l'Almanach des Grâces, et lut une idylle, pleine de naïveté bocagère, intitulée la Chaumine de Daphnis, dont l'auteur était Marcel Chauvaron, capitaine dans les hussards de Berchigny.
A cette époque, la poésie champêtre était cultivée par les héros d'Arcole, de Lodi, de Marengo, et la poésie belliqueuse par de très-jeunes citoyens d'un caractère doux, qui écrivaient des poèmes épiques pour s'affranchir de la conscription.
L'auteur d'une épopée, appelé par le sort sous les drapeaux, se présentait au conseil de révision son manuscrit en douze chants à la main; il se déshabillait à l'ordre du président, qui lui demandait ensuite:
—Quelle est votre infirmité naturelle?
—J'ai fait un poème épique répondait le conscrit, et il présentait son rouleau.
Le secrétaire du conseil l'ouvrait, et après avoir lu le premier vers toujours ainsi conçu:
Je chante les fureurs de Mars et de Bellone,
il disait au poète: