—Ensuite, si vous prenez goût aux choses nobles et délicates, vous vous ferez honnête homme, quoiqu'un peu tard.
—Je ne m'attendais pas, Lucrèce, à trouver ici des leçons de morale et de vertu.
—Flamant, à côté de vous, je me crois un ange. Pardonnez-moi mon ambition.
—Lucrèce, vous avez des railleries charmantes, mais elles manquent d'à-propos; vous vous faites d'étranges illusions sur votre état… je ne suis pas venu ici pour écouter vos impertinences, mais pour vous éclairer… J'ai trois mandats d'arrêt dans ce portefeuille; le troisième est lancé contre vous. Un de mes agents est là dans votre vestibule, et la voiture qui doit vous conduire à la Salpêtrière vous attend au coin de la rue Mesnars… Vous connaissez maintenant mon pouvoir et votre danger… Avez-vous encore quelque sarcasme en réserve dans votre esprit?
—Citoyen Flamant, dit la jeune femme avec le plus grand calme.
—Vous avez admirablement combiné votre affaire; vous avez tout prévu: vous méritez de réussir. Une seule chose a échappé à votre intelligence; le plus rusé démon ne s'avise jamais de tout. Le rôle que vous jouez si bien n'est pas nouveau; vous refaites ce que mille autres ont fait avant vous, et avec succès, dans les dernières années de la Terreur. Une femme, poursuivie par la brutale passion d'un homme, se trouve compromise dans l'horrible position où je suis; pour sauver la vie des siens et pour se sauver elle-même, elle succombe: c'est inévitable, c'est obligé, c'est attendu. Eh bien, citoyen démon, je veux coudre une variation à cette histoire uniforme…. faites avancer la voiture de la prison: je vous suis, emmenez-moi.
La jeune femme se leva vivement, prit son manteau fourré, rabattit le capuchon de soie noire sur sa tête, et fit le signe résolu qui veut dire:
—Précédez-moi, je vous suis.
Flamant resta interdit, comme le pilote qui sur une mer unie trouve un écueil que la carte n'a pas prévu.
—Pauvre femme! pauvre étourdie!—dit-il après réflexion; vous ne savez donc point où va vous conduire ce premier pas que vous faites?