Eh bien! quand l'Actéon qui avait mangé sa dernière ration, eut été ravitaillé généreusement, tous ces hommes qui représentaient la France de 1801 se serrèrent les mains, se baignèrent de larmes, se souhaitèrent toutes les félicités humaines, et leurs adieux se croisèrent longtemps sur la mer, quand les deux navires eurent repris le chemin de leur destination.

Maurice, notre jeune transporté, n'avait pas perdu un seul incident de cette scène.

Il recevait la première des leçons que l'expérience des voyages lui tenait en réserve, et tout ce que nous venons de remarquer plus haut, s'agitait, en réflexion muette, au fond de son coeur.

Trop faible encore pour affronter le grand air du pont, Maurice avait assisté à cette touchante rencontre derrière la vitre de sa cabine, et tout en observant, il avait écrit une lettre, non à sa famille et à ses amis, mais à la seule personne qui remplissait son souvenir et son coeur.

Cette lettre, modèle de candeur et de naïveté adolescentes, était donc adressée à Lucrèce Dorio, que Maurice avait laissée, à la rue Mesnars, le soir de son arrestation.

On jugera des sentiments de ce jeune homme par l'honnêteté primitive de son style et de son esprit.

«Chère Lucrèce,

«Un poète a écrit cette pensée: Plus loin les corps, plus près les âmes!

«Je sens aujourd'hui que cela est profondément vrai.

«Ainsi, plus je m'éloigne de vous et plus je m'en rapproche.