Les hommes, qui sont toujours prêts à s'égorger dans une bataille civile sur les deux côtés du ruisseau de leur rue, s'embrassent toujours avec des tendresses fraternelles, quand ils se rencontrent, sous le pavillon du même pays, dans les solitudes de la mer.

Alors, ils ne se demandent pas la couleur de leur opinion et la nuance de leur journal; ils se tendent, les uns aux autres des mains amies, et se partagent leur pain et leur manteau.

Le communisme, inventé par saint Martin, a toujours fleuri à l'ombre des mâts et des voiles; c'est la religion des marins.

On la retrouverait dans les villes, si les maisons étaient des vaisseaux.

Le navire marchand, l'Actéon, parti de Cayenne et faisant voile pour Rochefort, rencontra l'Églé en pleine mer, et lui fit des signaux de détresse.

Les deux vaisseaux se rapprochèrent, et l'Eglé, qui avait tout, fit d'abondantes largesses à l'Actéon qui n'avait rien.

On navigua de conserve pendant quelque temps, pour se donner des nouvelles de Cayenne et de Paris.

On se rendit des visites à l'aide d'embarcations croisées, et quoique les passagers de l'Églé eussent quitté la France depuis fort peu de temps, beaucoup d'entre eux écrivirent à la hâte des lettres à leurs familles et à leurs amis, et les jetèrent dans la boîte de l'Actéon.

Il avait à coup sûr, à bord de ces deux navires, toutes les opinions qui divisaient alors cette pauvre France éternellement divisée, depuis l'invention de la fraternité.

Il y avait des royalistes, des jacobins, des girondins, des thermidoriens, des modérés, des constitutionnels.