—Vos paroles sont un peu brumeuses, par ce soleil de 40 degrés qui nous éblouit,—dit Maurice;—mais je crois que votre brouillard oratoire signifie que vous ne reculeriez pas devant un nouvel amour, s'il se levait comme une étoile sur cet horizon.

Maurice garda le silence et baissa les yeux.

—Cela étant ainsi,—ajouta Alcibiade, vous allez dépouiller le vieil homme, comme dit l'Évangile, et j'ai pour vous, là-bas, dans ma cabine, l'uniforme blanc des catéchumènes du tropique. Venez voir cela, mon ami.

Maurice suivit machinalement Alcibiade sans trop savoir de quoi il s'agissait.

Dans l'entrepont, Alcibiade lui dit en lui montrant un assortiment complet de toilettes équinoxiales:

—Quittez vos lourds habits de jacobin septentrional, et costumez-vous en Lovelace indien. Ensuite venez me rejoindre sur le pont.

—Mais à qui suis-je redevable de ce présent?

Demanda Maurice en se croisant les mains au-dessus de sa tête.

—A qui?… Vous allez le savoir, Maurice. D'abord, ce n'est pas à moi; je ne suis pas assez riche pour prodiguer le basin anglais et le nankin de Canton aux amis…. Écoutez-moi bien, Maurice; c'est le pilote de l'Églé qui vous fait ce léger présent…. Oh! que votre fierté ne s'alarme pas! un déporté habillé de gros drap bleu a le droit de recevoir des étoffes d'été sous l'équateur. Je suis aussi fier que vous, moi, et noble depuis Henri II, car je porte d'azur aux trois merlettes d'argent, ou, du moins, je portais cela, avant la nuit du 4 août si fatale au blason; eh bien! j'ai accepté ce costume tropical, que voici, de la main du pilote de l'Églé.

—Mais ce pilote habille donc tout le monde ici?