Après quelques semaines de captivité, l'œil de l'adorateur reconnaîtrait avec peine Lucrèce Dorio, couchée sur un grabat de paille, et violemment séparée de toute protection.
Chaque jour, elle a reçu la visite de Georges Flamant, et les menaces, les douces paroles, les ruses perfides, les mensonges raffinés ont échoué contre l'imperturbable résolution de la belle prisonnière.
Un soir, Georges Flamant, obstiné comme le crime, entra dans le cachot, déposa une chandelle sur une table grasse de suif, et présenta un journal à Lucrèce en lui disant:
—Veux-tu lire dans cette gazette un article qui t'intéressera?… Tu refuses?… Eh bien! je vais lire moi-même, et tu reliras ensuite, pour te convaincre que je ne mens pas… Voici… C'est la liste des déportés à Sinnamary… Il y a cent trente septembriseurs, et, parmi ces noms, tu peux lire en lettres majuscules le nom de ton amant, Maurice Dessains…
—Maurice Dessains, un septembriseur!
Dit Lucrèce avec un éclat de rire inondé de larmes.
—Le 2 septembre 1792, Maurice avait douze ans tout au plus!
—On peut être septembriseur à tout âge, poursuivit Georges.—Au reste, la justice a parlé, on peut même dire qu'elle a été clémente, cette fois, et qu'elle n'a pas voulu faire tomber cent trente têtes, qui ne méritaient pas de rester sur leurs épaules…. Voici ce qu'ajoute le Journal de Paris, après avoir donné la série des noms des déportés:
«—A Nantes et à Rochefort, l'exaspération du peuple contre les septembriseurs a été si grande, que, sans les efforts de la police, ces hommes auraient été mis en pièces, avant l'embarquement.»
—Voilà, Lucrèce, comment le peuple ratifie la sentence des juges, et de quelle estime il entoure tes amis….