—Je ne crois pas un mot de ce que vous me lisez, Dit Lucrèce avec un ton dans lequel un observateur sagace aurait découvert une intention mystérieuse, car, en ce moment le timbre de la voix de Lucrèce était en désaccord avec la situation et trahissait des efforts tentés pour le rendre naturel.

Georges Flamant avait, certes, toutes les qualités vicieuses des races fauves, mais il manquait à son oreille cette délicatesse de perception féline, qui saisit une nuance au vol, et explique un mystère caché au fond d'une voix.

Le scélérat n'est jamais complet.

—Tu ne crois pas ce que je lis, folle petite, dit Flamant; et bien! je te le répète… lève-toi, eh viens lire toi-même… c'est bien aisé….

—Et si j'aime mieux croire que vous mentez, moi!—dit Lucrèce en se levant à demi, tout inondée de ses cheveux noirs.

—Vraiment, ma chère mignonne,—dit Georges, avec un sourire de panthère,—je te trouve étrange… veux-tu que j'approche cette table de ton lit, avec cette bougie de prison, et….

—Je vous défends de faire un pas de plus!—dit Lucrèce, en rejetant son fleuve de cheveux en arrière, par un brusque mouvement de tête,—si vous avancez, je pousse un cri à faire trembler toutes les voûtes de cet enfer!

—Ne nous fâchons pas, Lucrèce,—dit Flamant avec une douceur aigre,—je ne veux rien obtenir de toi par la violence… je suis un honnête homme… cela te fait rire?… eh bien! je te permets de trouver cela plaisant. On n'a pas plus de tolérance que moi… et puisque je suis en train de te lire des mensonges, écoute encore celui-ci, extrait du même journal:

«Le climat de Sinnamary a toujours été fatal aux Européens, il y règne une épidémie qui provient de la nature des eaux potables, et qui donne des hépatites et des affections putrides et mortelles. La déportation à Sinnamary est, en d'autres termes, une sentence de mort………»

Lucrèce, je t'offre encore le journal… tiens.