Lucrèce, pour toute réponse, s'enveloppa des haillons d'une couverture de laine, et fit un geste impérieux de refus.
—Je connais trop bien la curiosité des femmes pour croire que tu es sincère dans tes refus…. Je te laisse le journal, là, sur cette table, et quand tu seras seule, tu le liras.
La jeune femme garda son silence et son immobilité.
—C'est bien! ajouta Georges; je comprends ce silence, et je serai bon jusqu'au bout.
Il déposa le journal sur la table, et marchant vers la porte, il ajouta:
-Demain, Lucrèce, le délai de ma patience expire… demain, tu quitteras ce cachot, et tu auras des compagnes… des compagnes dignes de toi…. Tu seras jetée dans l'égout souterrain de cette maison, un véritable enfer, où jurent, crient, hurlent toutes les filles publiques rongées de lèpre et de vice, et soumises à mon autorité sans contrôle.
Alors, Lucrèce, quand ces hideuses créatures t'enlaceront, comme des vipères, dans leurs bras gangrenés, tu pousseras vers moi ton cri de détresse, et moi, je te laisserai te débattre au milieu de ces ulcères vivants et de ce fétide charnier de prostitution!
Georges attendit quelque temps une réponse, et la réponse n'arrivant pas, il poussa un soupir qui ressemblait à un râle, et sortit du cachot.
Le grincement extérieur des verrous retentit trois fois sur la porte, et Lucrèce prêta l'oreille au bruit des pas de Georges, dans le corridor de la prison.
Elle se leva, toujours vêtue de ses haillons de laine, et aussi belle, sous cette livrée de l'indigence, qu'avec son velours et ses pierreries.