On aurait cru voir, si on l'avait vue, la courtisane Madeleine dans sa grotte, cette patronne de toutes les femmes qui ont mérité le pardon des hommes et de Dieu parce qu'elles ont beaucoup aimé.

Sa figure exprimait une résolution qui était sur le point de s'accomplir.

La jeune femme s'assit devant la table, raviva la flamme de la chandelle, et parcourut rapidement le journal, comme si cette lecture l'eût peu intéressée.

Puis, elle parut épeler minutieusement chacune de ses syllabes, avec une attention singulière, comme fait un écolier devant son alphabet.

Deux heures furent consacrées à cette étude dont nul témoin n'aurait pu comprendre le but et le sens.

Enfin, elle quitta ce journal, si longtemps médité, lui donna un léger sourire de satisfaction, et prépara une de ces œuvres patientes que le génie des prisonniers peut seul concevoir et accomplir.

Lucrèce découpa du bout de ses doigts une grande quantité de mots arrachés aux colonnes du journal, et, dans la disette forcée de papier, d'encre et de plume où elle se trouvait, elle parvint à écrire, ou pour mieux dire, à composer le billet suivant, en lettres imprimées.

«Je suis en prison.

«On m'accuse d'avoir conspiré contre la République.

«Demandez tout de suite une audience à madame Bonaparte, et dites-lui que celle qui lui a écrit, le 3 nivôse, un billet de deux lignes se terminant ainsi: que la garde consulaire veille! est en prison, où elle est poursuivie par la haine et l'amour d'un scélérat.