Le calme et le silence de cette contrée lointaine avaient déterminé le choix de Lucrèce Dorio; ne voyant plus rien autour d'elle, elle croyait n'avoir plus rien à redouter.
Son isolement était sa protection.
Tullie et deux femmes de service, qui arrivaient chaque matin de la rue Saint-Louis, étaient ses seules compagnes en attendant de meilleurs jours.
La lettre arrivée de Rochefort et confiée à l'Actéon, avait été, depuis le matin, cent fois prise et reprise, lue et relue: quelquefois Lucrèce en regardait fixement l'écriture, pour apprécier le degré de force de la main qui en avait tracé les caractères, et se faire ainsi une idée de la force du jeune voyageur.
La veillée était triste, une seule lampe éclairait le salon; les vitres d'une fenêtre dont les volets n'avaient pas été fermés laissaient voir un tableau d'extérieur, où la nuit et l'hiver associaient leur désolation.
Des guirlandes de neige couvraient les squelettes des arbres du jardin, et donnaient une teinte encore plus ténébreuse à la zone du boulevard, où Paris expirait alors dans le désert.
Un vent aigu, voix dolente de cette nuit, secouait les flocons figés à la cime des ormeaux de la Bastille et faisait grincer, sur son pivot, la plume de fer qui servait de girouette à la maison de Beaumarchais.
—Oh! ce pauvre enfant mourra dans la traversée!
Disait Lucrèce avec des larmes dans les yeux et dans la voix.
Plus de deux mille lieues sur mer! il y a de quoi tuer les plus forts, et lui n'avait qu'un souffle au bord des lèvres! pauvre Maurice!