—Avez-vous trouvé, madame, dans ce livre que je vous ai acheté hier, quelque chose sur cet affreux pays?
Demandait Tullie, en désignant un livre abandonné sur un guéridon.
—Oui, oui, Tullie,—dit Lucrèce en secouant tristement la tête,—j'y ai trouvé ce que je redoutais…. prends ce cours de géographie, ouvre-le à la page marquée par un signet, et lis.
Tullie ouvrit le livre et lut le passage:
«MADAGASCAR, grande île d'Afrique, située dans l'Océan des Indes, entre le dixième et le vingt-cinquième degré de latitude sud.
»Les fièvres mortelles qui règnent dans ce pays empêcheront toujours les
Européens d'y former des établissements.
»C'est un climat meurtrier, un sol partout marécageux et peu propre à la culture, excepté à celle du riz. Les maladies endémiques de…»
—Assez, assez,—interrompit Lucrèce,—tout le passage est sur le même ton…. Ceux qui ont écrit cela n'avaient aucun intérêt à calomnier ce pays; ce sont des voyageurs qui ont visité cette île, et qui ont écrit ce qu'ils savaient bien.
—C'est évident, dit Tullie.
Et la vive femme de chambre, fatiguée d'une scène triste, trop longtemps prolongée, hasarda, sur un autre ton, une réflexion accessoire qui pouvait changer la nature de cet entretien.