De grands cours d'eau descendent de toutes les crêtes, de tous les réservoirs de la chaîne de montagnes qui traverse Madagascar, et cette richesse d'humidité permanente, sous un ciel de feu, au lieu de lui être favorable, lui a donné ces maladies endémiques, signalées par les géographes, et redoutées par les Européens.

Comme ces explications, toutes froides qu'elles sont au milieu d'un récit dramatique, sont pourtant indispensables, et se rattachent à cette histoire par le plus puissant des liens, on permettra au narrateur, ennemi des détails intermédiaires et oiseux, de s'arrêter, en quelques lignes, sur cette nouvelle topographie de Madagascar.

Ces grandes eaux qui descendent des deux versants ne conservent pas leur impétuosité torrentielle jusqu'au canal de Mozambique et à l'Océan indien.

Arrivées au pied des monts, elles rencontrent des plaines molles, des terrains gras, où elles stagnent paresseusement et où leur vive énergie s'éteint dans d'immenses marécages, bornés par les horizons maritimes.

Voilà les foyers indestructibles des fléaux de Madagascar.

Ce sont les marais Pontins ou le Delta du Rhône, sur une échelle à gigantesques proportions.

Le vent d'Afrique et le soleil de l'Inde ont épuisé le souffle et la flamme sur ces marécages, et ils sont encore ce qu'ils étaient aux premiers jours de la création.

Les naturels du pays vivent, dans cette atmosphère de fièvres, comme les paysans de Sienne et de Terracine en Italie, et d'Istres et de Saintes en Provence.

La terre natale a toujours l'air de prendre un soin exclusif des enfants qu'elle produit.

Toutefois, en regardant la carte du monde, et en songeant à l'avenir des peuples, si providentiellement conduit vers de nouvelles destinées par les mains de fer de la vapeur et des révolutions, il reste évident que tant de beaux pays lointains, où la fécondité peut même supprimer le travail, n'ont pas été créés exclusivement pour nourrir quelques peuplades sauvages, prosternées devant des fétiches et des manitous.