Nous avons là des alliés naturels qui n'attendent que nos colons pour faire avec eux un traité d'alliance et saluer notre pavillon, hissé sur le cap d'Ambre, à l'extrême pointe de Madagascar.
Les Sakalaves sont tout disposés à être pour nous ce qu'ont été pour d'autres planteurs européens les sauvages Makidas, de la baie d'Agoa, sur un territoire africain.
Il y a même, dans ces sympathies mystérieuses des enfants des tropiques pour les aventuriers du septentrion, quelque chose qui fait réfléchir et illumine d'un rayon d'espoir les ténébreuses incertitudes de notre avenir.
Le jour où les planteurs des huttes d'Adhel et les colons partis de l'Atlas, se rencontreront, la charrue à la main, dans les solitudes vierges de l'Afrique, et fraterniseront dans le plus merveilleux des hyménées, ce jour-là sera une aurore d'un avenir nouveau, et le monde sera sauvé par la colonisation, qui est la véritable et la seule fraternité.
Un port sans vaisseaux.
XXII.
Le 18 septembre 1800, deux jeunes gens, qui bientôt nous diront leurs noms en causant, descendaient d'une petite colline, au lever du soleil, et marchaient vers le rivage de cet Océan qui laisse quelques-uns de ses flots tranquilles, dans le joli golfe de Diégo-Suarez, à la pointe nord de Madagascar.
Par intervalles, nos deux amis s'arrêtaient quand une éclaircie de tamarins gigantesques leur permettait d'embrasser une vaste étendue de mer, et ils regardaient alors avec des yeux avides jusqu'aux dernières limites de l'horizon.
—Croyez bien que je ne me suis pas trompé, disait le plus jeune à son compagnon;—j'ai vu de là-haut une petite voile blanche comme du lait, et qui s'est levée avec le soleil.
—Mon cher Maurice, disait l'autre, vos yeux sont meilleurs que les miens…. j'ai été, moi, exempté de la conscription pour la faiblesse de ma vue…. ainsi, je suis obligé de vous croire sur parole…. Au reste, il n'y a rien d'étonnant de découvrir une voile sur ces parages; nous sommes ici comme sur le balcon d'un belvédère, et tout ce qui se passe au large nous demande un salut.