Au fait,—poursuivit la geôlière,—je ne vous rends, pour cette bague, aucun service défendu par les lois de la maison.

—Aucune loi, dit Lucrèce, ne défend de porter une boucle de cheveux au
Faubourg Martin, 21.

La geôlière, qui s'était approchée du lit, vint se replacer devant la lucarne, pour soumettre la bague à un nouvel examen.

—Eh bien!—dit-elle, en mettant la bague dans sa poche,—il faut bien faire quelque chose de bon dans sa vie. Nous ne sommes pas des diablesses, dans notre métier… Je vous préviens, citoyenne Dorio, que si vous m'accusiez, avant de mourir, d'avoir accepté une bague, je nierais tout, et on me croirait, parce que ma vie a été irréprochable dans cette maison.

—Je ne vous mettrai pas dans ce cas, citoyenne Chatard.

—Où est votre boucle de cheveux?

—La voilà toute prête, mettez-la dans votre poche avec la bague, et ne donnez pas la bague pour les cheveux… Quand me donnerez-vous une réponse?

—Bientôt, en vous apportant votre déjeuner… Je vais courir au faubourg Martin… je vous avertis que je fais votre commission, sans dire un mot.

—C'est convenu, citoyenne Chatard.

La geôlière sortit, en murmurant des paroles confuses, sorte de monologue dont se servent les panthères lorsqu'elles s'ennuient dans une cage, avant l'heure du dîner.