—Eh bien! après? demanda la mégère d'une voix hargneuse.

—Après, vous porterez cette boucle de cheveux au citoyen Périclès
Farjau, rue Faubourg-Martin, 21, au premier.

—Vous savez, citoyenne Dorio, et je l'ai répété cent fois, que toute communication avec le dehors vous est interdite.

—Vous appelez cela une communication, citoyenne Chatard?.. vous n'avez rien à dire, rien à faire, rien à demander, rien à recevoir. Vous montez chez le citoyen Périclès, vous donnez ma boucle de cheveux à la première personne qui se présentera, et vous descendez l'escalier, voilà tout… Si je meurs, un de ces jours, comme je l'espère, je mourrai contente en pensant que le citoyen Périclès possède, à son insu, une boucle de mes cheveux. C'est un caprice de femme, ma bonne citoyenne Chatard…. Ensuite, vous me permettrez de vous laisser un témoignage de reconnaissance pour les bontés que vous avez eues pour moi… avant de mourir, on ne doit jamais oublier ceux qui vous ont rendu service… Soyez tranquille, ce n'est pas de l'argent que je veux offrir… l'argent est une insulte… acceptez cette bague… le diamant du milieu est estimé deux mille écus… donnez-vous la peine de l'examiner à côté de la lucarne, au petit jour.

La mégère prit la bague en grommelant, et s'approcha de la lucarne pour la voir dans tous ses détails.

Aussitôt Lucrèce prit la lettre, l'enveloppa des cent replis de son épaisse boucle de cheveux, coupa un cordon de sa ceinture et lia le tout d'une façon peu suspecte pour les yeux les plus méfiants.

—Eh! bien, citoyenne Chatard,—dit-elle,—que pensez-vous de ce petit bijou?

—Ça me paraît assez gentil, répondit hargneusement la mégère.

—Vous vous trouvez donc bien mal, citoyenne Dorio?

—Je ne passerai pas la décade, citoyenne Chatard,—dit Lucrèce d'une voix agonisante.