Ce n’est guère que depuis quelques siècles qu’on est revenu à l’étude des documens originaux de l’histoire nationale; et c’est seulement depuis environ cent cinquante ans que la critique a pour toujours fait justice des contes mis en circulation par les romans de chevalerie. On est étonné de voir l’illustre Mabillon hésiter sur la fausseté de certains épisodes du poème de Guillaume-au-Court-Nez, et ranger dans le domaine de l’histoire la prétendue occupation du midi de la France par les Sarrazins, sous Charlemagne[425].
Assurément, si les Moussa, les Tharec, les Abd-alrahman et les Almansor revenaient au monde, ils seraient bien étonnés de voir le changement qui s’est opéré en Europe dans la position respective des chrétiens et des musulmans. Mais cette première impression effacée, ils seraient agréablement surpris de la large place que nos vieux romanciers ont accordée à leurs exploits; et leur ame, habituée aux grandes choses, rendrait hommage à un sentiment de courtoisie qui ennoblit les mœurs barbares de nos pères, et qui semble disparaître chaque jour.
FIN.
ADDITIONS ET CORRECTIONS.
Page 3. La note deuxième doit être ainsi conçue: «Procope, Histoire de la guerre des Vandales, liv. II, ch. 10; et M. Dureau de Lamalle, Recherches sur l’histoire de la partie de l’Afrique septentrionale, connue sous le nom de régence d’Alger, par une commission de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres; Paris, 1835, t. I, p. 114 et suiv.»
Ibid. Lisez ainsi la note 3: «Voy. les témoignages mentionnés par Ibn-Khaldoun, dans l’extrait déjà cité, p. 127, 132 et 141, bien qu’Ibn-Khaldoun lui-même ne partage pas cette opinion. Voy. aussi l’article berber de l’Encyclopédie Pittoresque, par M. d’Avezac.»
Page 21. Le premier alinéa doit commencer ainsi: «Des documens qui remontent à une assez haute antiquité, font mention de la destruction du monastère de Saint-Bausile, près de Nîmes, etc.»
Page 51. Au bas de la page, ajoutez en note: «Voyez Conde, Historia, t. I, p. 89.»
Page 176. A la fin du dernier alinéa, ajoutez en note: «On lit dans une charte de l’abbaye de Saint-Victor, à Marseille, à l’année 1005, ces paroles: Cum omnipotens Deus vellet populum christianum flagellare per sævitiam paganorum, gens barbara in regno provinciæ irruens, circumquaque diffusa vehementer invaluit, ac munitissima quæque loca obtinens et inhabitans, cuncta vastavit, ecclesias et monasteria plurima destruxit, et loca quæ prius desiderabilia videbantur in solitudinem redacta sunt, et quæ dudum habitatio fuerat hominum, habitatio postmodum cœpit esse ferarum. Voy. dom Martenne, Amplissima collectio, t. I, p. 369. D’un autre côté, voici quel était, en 975, l’état de l’église de Fréjus, d’après une charte rédigée au moment où le pays fut enfin délivré de la présence des barbares: Civitas Forojuliensis acerbitate Saracenorum destructa atque in solitudinem redacta, habitatores quoque ejus interfecti, seu timore longius fuerunt effugati; non superest aliquis qui sciat vel prædia, vel possessiones quæ ecclesiæ succedere debeant; non sunt cartarum paginæ, desunt regalia præcepta. Privilegia quoque, seu alia testimonia, aut vetustate consumpta aut igne perierunt, nihil aliud nisi tantum solo episcopatus nomine permanente. Gallia Christiana, t. I. Instrumenta, p. 82.»