La Dernière autopsie d'André Vésale, par M. Obsert; là il faut l'éclairage Rembrandt, et il n'y est pas, car rien n'y est. Sans le livret on ne comprendrait jamais ce que représente le tableau de M. Reccipon; il n'a de valeur que comme paysage de cimetière dans la campagne et, sous ce rapport, il en a beaucoup.
Je crois que la peinture d'histoire, telle que la font MM. Maillart, Laurent, Luminais, Hellquist, est du ressort de la lithographie; je ne nie pas leur talent, mais je nie leur genre, qui est un genre manant, sans tradition, sans passé et sans avenir; je le souhaite!
VII
LA PEINTURE CIVIQUE
M. Paul Bert a écrit: «Le patriotisme date de 1789.» M. Turquet l'a cru, et c'est à lui que nous devons la réapparition de la déplaisante friperie révolutionnaire, et des images d'Épinal au Salon. C'est M. Turquet qui a dit aux artistes: Faites de l'art national, de l'art républicain, de l'art démocratique, de l'art civique et patriotique; et l'impulsion donnée par M. Turquet a été telle que les peintres continuent à faire de mauvaises toiles, avec une ardeur sans seconde. Ces tableaux sont des tableaux politiques, je les mets à part, et je crée une catégorie de mésestime absolue. Que M. Bert arrange l'histoire, pour les besoins de sa politique: affaire à ceux ayant droit; mais du moins qu'il ne prenne pas l'art pour moyen d'enseignement civique et de propagande gouvernementale. Aux chrétiens qui ne savaient pas lire, le clergé du moyen âge montrait les sculptures et les fresques des églises; mais cela était inspiré de Vincent de Beauvais et de la Légende dorée. La Révolution et la Morale civique ne sont pas des éléments inspirateurs équivalents, et je n'admets pas que la mauvaise peinture puisse être œuvre patriotique.
La moins mauvaise chose civique est la Reddition de Verdun, de M. Scherrer. L'armée française sort de la ville et deux grenadiers portent sur un brancard le commandant Beaurepaire qui s'est suicidé, ce que je n'admirerai jamais. Brunswich salue le courage malheureux. Cela est inadmissible pour la concurrence du prix du Salon que l'on n'osera pas, je pense, faire à M. Rochegrosse.—M. Moreau de Tours mène les soldats de 89 au feu? M. Wertz fait égorger Barra par les Chouans. Voici M. Beaumets et ses Libérateurs de l'Alsace en 1794. De M. Boutigny, des Officiers allemands surpris pendant leur déjeuner par des balles françaises. Il se gâche tant de talent pour cette peinture militaire, où tout est insupportable, que l'on est forcé de faire défiler dans sa critique ces choses niaises.—En avant donc, et au pas gymnastique: M. Armand Dumaresq en tête, avec sa grande image d'Épinal; et la Marche forcée, de M. Couturier; et la Tranchée de M. Médard; et la Halte de cuirassiers, de M. Jazet; et l'Exercice des réservistes, de M. Jeanniot; et la Batterie, de M. Brunet; et le Départ pour le service en campagne, de M. Gérard; et la Marche de cavalerie, de M. Neymark; et le Régiment en marche de nuit, de M. Protais.—M. Monge est à citer, il a peint Un tambour qui bat sa caisse.—N'oublions pas M. Mélingue, un jacobin, qui nous montre Rouget de l'Isle composant la Marseillaise.
En bonne foi, que fait la toile de M. Castellani au Salon; ce n'est pas une succursale des Panoramas. Est-ce qu'on se figure que cela prépare la revanche, de faire de la mauvaise peinture.
Merodack dit ceci dans le Vice suprême: «L'artiste qui travaille à l'éternité de sa patrie fait plus que le soldat qui se bat aux frontières. Défendre la France contre la main effaceuse du temps et l'oubli de l'humanité, c'est là le grand patriotisme, car son effet durera alors que la patrie sera morte; elle demeurera par lui, et par lui seulement éternelle. Ictinus et Phidias ont été les plus grands patriotes de la Grèce; ils lui ont conquis à jamais la mémoire humaine, et c'est la seule conquête digne de la France.» Que le ministre des beaux-arts ne se mette pas en frais de commandes à MM. Neuville et Detaille. L'Indifférent, de Watteau, tient plus haut le pennon français que tous les régiments d'Horace Vernet.
Il faut citer deux spécimens de civisme sentimental: de M. Lix, une Alsacienne qui crie, éclairée par un incendie, pour illustrer Mme Gréville, et En Lorraine, de M. Bettanier, une œuvre qui n'est pas banale: un jeune Lorrain est tombé à la conscription, à ses pieds est le casque et l'uniforme qu'il faut endosser; il pleure, et son vieux père malade est désespéré. Cela est bien admissible. Ce qui l'est moins, ce sont les trois 14 juillet, en retard de l'an passé. Le premier, de M. Jamin, représente le peuple et les gardes-françaises délivrant un prisonnier de la Bastille; le second, le moins mauvais, est une vue de la rue Labat illuminée; le troisième, qui a les honneurs du grand Salon, est de la démence: un géant bâtard, des plus mauvaises académies de Louis Carrache, secoue les barreaux d'une énorme tour, en piétinant un drapeau blanc.