J'ai disposé en diverses catégories le nu féminin, qui est la partie la plus nombreuse comme la meilleure du Salon, mais le mérite est diminué par le caractère physiologique de la préoccupation sexuelle qui obsède physiquement les artistes comme le public.

IX

LA SCULPTURE PITTORESQUE

Un mouvement du corps qui n'en exprime point de l'âme, ou du moins point d'élevé, le Danseur Napolitain de Duret par exemple, et le Vainqueur au combat de coqs de Falguière, tous les faunes saltants de Pompéi appartiennent à ce genre inférieur au style, le pittoresque. Il n'y est besoin d'aucune pensée et la Bourgeoisie comprend tout de suite.

Il y a de la force dans le bronze de M. Desca: le Chasseur d'aigle, qui a terrassé l'oiseau royal et lui jette une lourde pierre. M. Fremiet a mis bien en selle son Porte-falot du XVe siècle, c'est élégant, et cependant cela ressemble à un grand joujou. Le Jeune Gaulois de M. Delhomme est inviril, et son chignon mal tordu. La grosse pièce de M. Tony Noël, amplification plastique, uno avulso non deficit alter; un guerrier tombé, l'autre combat toujours, du Louis Carrache grossi et enflé. Le Vainqueur, de M. Sanson, un type fellah, sans accentuation. Le bronze à cire perdue de M. de Vasselot, Ung Ymaygier du Roy, a l'accent Renaissance très heureusement prononcé. Le Routier à cheval, de M. Tourgueneff, n'est pas le Colleone, mais de sa suite. Pour qui a vu Venise et l'œuvre du Verrochio, l'éloge suffit. M. Hugolin, dans le Repos sur la charrue, a donné une fierté de pose toute guerrière à son Bouvier, qui, casqué, serait un homme d'armes. Que dire du gamin napolitain de M. Catti qui clopine en se tenant un pied; du Porteur de palanquin japonais, de M. Fouques, et du Bateleur comptant sa recette, de M. Aldebert. Quant à M. Fossé, son Bûcheron est une erreur, le rustique est inadmissible en ronde bosse et Millet, sculpteur, ne s'accepterait pas. Le Charmeur de serpents, de M. Fremiet, est une fort jolie statuette, préférable à son Porte-falot. Le jeune gamin de M. Vibert, qui joue avec de jeunes chats, intéresse comme nu moderne. Le Pitre au chien, de M. de Chamellier, a le mouvement juste et tournant. Ceci est l'inférieur; voici le détestable.

X

LA SCULPTURE BOURGEOISE

La sculpture de genre est absurde, et deux fois absurde l'éclectique jury qui la reçoit. Est-il décent d'exhiber les deux grimaces de M. Yeldo, la Chanson des vieux Époux et les Deux Bossus? Ils sont trois qui ont pris le même motif plastique à Florian; d'ordinaire, il y a à chaque Salon un Aveugle et Paralytique; cette année, il y a progression, l'État a acquis celui de M. Turcan, et tant pis, pour l'État. M. Ernest Michel a gâché du talent, et beaucoup, à cette oiseuse illustration d'une fable médiocre. Quant à M. Carlier, c'est un habile homme, et s'il n'a pas l'imagination d'un groupe neuf, il a celle d'un titre à l'ordre du jour: Fraternité. En somme, il n'y a là que deux académies, l'une sur l'autre, très soignées et finies d'exécution. C'est une pièce de palmarès au concours général et qui, comme on devait s'y attendre, a obtenu une première médaille, moitié civique et moitié de rhétorique: bon humaniste et bon citoyen, M. Carlier est un sculpteur, un artiste, non. La Vieille histoire, de M. Guglielmo, une femme du peuple à qui sa fille tient un écheveau; quelle invention! et que cela ferait bel effet au Pie-Clémentin. M. Ardisson a embourgeoisé le Petit Samuel, de Reynolds. La Sieste, de M. Johmann, est nauséeuse; un moutard endormi dans un fauteuil et dont la bouillie se répand. Pouah! M. Manbach fait jouer à trois moutards l'Huître et les Plaideurs.—Ay! Ay! C'est M. Benlliure qui fait pousser ce cri à un gamin dont un caniche happe le pantalon; le Balcon andalou, de M. Susillo, plairait aux amateurs de M. Worms, et le Baiser maternel, de M. Laporte, à ceux de MM. Laugée. Aux vitrines des marchands, cela se voit; mais au Salon, on devrait être à l'abri de semblables sculptures commerciales!