[GRAVURE]

L'eau-forte est la maîtresse gravure, parce qu'elle constitue un art vibrant, passionné, où l'imagination peut se donner hardiment carrière. Malheureusement, le maître sans égal du genre, celui qui a fait dire les plus étonnantes, les plus singulières choses aux morsures du cuivre, Félicien Rops, n'est pas ici.

Les Parisiennes, de M. Somm, sont d'exquises et vivantes études qui valent autant que peintes. La morsure de M. Renouard est incisive et pittoresque au plus haut point dans ses deux séries de l'Opéra; Le premier harpiste, par exemple, est une modernité où l'accent fantastique ajoute un intérêt singulier. Évidemment, MM. Renouard et Somm sont les plus originaux des artistes qui ont exposé. Pour ce qui est des architectures, comme on dit, Une place neuve à Angers et Cour Sainte-Gesmes, que publie l'Artiste, de M. Huault Dupuy, sont les plus remarquables et méritaient d'être médaillées. Le Zuyderzée, près d'Amsterdam, et les Environs de Dordrecht sont fort remarquables et on reconnaît tout de suite que M. Storm Gravesande est l'élève de M. F. Rops. Parmi les gravures au burin de l'ancienne école à tailles classiques, la Tête de jeune homme, d'après Palma le vieux, par M. Danguin, un chef-d'œuvre. Fort remarquable est la Petite fille anglaise de M. Bracquemond, d'après Baudry. De M. Hanriot, les Souvenirs de Chaplin où la morbidesse du Boucher du second Empire est étonnamment rendue. La plus intéressante des séries exposées, celle de M. Lalauze, d'après Eugène Lami, pour illustrer Musset; quant à sa Vérité, d'après Baudry, je lui préfère celle que M. Nargeot a gravée pour l'Artiste l'année dernière. A signaler une planche intéressante de M. Aglaüs Bouvenne, Souvenirs de Fontainebleau, d'après Th. Rousseau.

La lithographie est tombée dans un discrédit tout à fait injuste. Je n'en veux pour preuve que les deux pierres étonnantes de M. Fantin-Latour: Parsifal et Évocation! Aucun autre mode de gravure ne rendra aussi bien Delacroix, Decamps; et Gavarni à lui seul a fait sur la pierre plus de chefs-d'œuvre qu'il n'y en a dans dix Salons.

La gravure sur bois, arrivée à l'extrême perfection, cherche et rencontre les effets du burin dans la Femme à la Tulipe de Mme Prunaire, d'après Toudouze. M. C. Bellanger est arrivé à l'intensité de l'eau-forte dans l'Affûtage des outils, d'après M. Lhermitte.

Si j'arrête ici les mentions, c'est faute d'espace; la gravure française est excellente, et je n'aurais que des éloges à faire. Toutefois, un fait patent, c'est que la gravure des tableaux n'a plus de raison d'être; depuis les photographies de Braun.

Il est une variété de la sculpture qui va disparaissant, la glyptique. La gravure en pierres fines n'a été un art qu'en Grèce; camées et intailles modernes pastichent piètrement et rentrent dans la joaillerie.—La gravure en médaille, qu'ont illustrée les Varin, les Dupré, les Duvivier, tombe en désuétude; et comment s'en étonner? Nos actes sont-ils sujets à médaille? Où sont les victoires qui, d'un coup d'aile, feront tomber le balancier? A cette heure, il n'y a qu'un triomphe, celui de Bourgeoisie, mais le bronze, la matière inerte s'y refuserait.


[ÉMAUX—PORCELAINES—FAIENCES]