Ma réponse: ni vivante ni morte je ne permets que l'Empereur des Tartares frôle seulement ma main.... Il est trop tard; entre nous deux, il y a trop de sang qui coule en ruisseau....
L'EMPEREUR
Encore un mot, un dernier.... Nous ne sommes pas seuls, à cette heure solennelle de l'histoire, dans ce lieu qui nous paraît vide et plein de silence.... Des Ombres de guerriers et d'Empereurs des Mânes illustres s'assemblent de tous les points de l'air, descendent autour de nous et prêtent l'oreille, anxieux de la décision que vous allez prendre. Vos morts sont là tous, unis à présent aux miens, dans la concorde haute et céleste; vous vous trompez, ils ne vous appellent pas; ils vous ordonnent avec moi de demeurer quelques années encore, pour m'aider dans cette œuvre de la grande pacification que je rêve et que sans vous, assise à mes côtés sur ce trône, je serais impuissant à accomplir. Vous n'avez pas le droit de vous dérober à la tâche. Au nom de ces milliers d'invisibles qui nous entourent, je vous adjure: Fille du Ciel, restez!... (Un silence.) J'ai dit tout ce qu'il était en mon pouvoir de dire.... J'attends votre arrêt.... J'ai fini de parler.
L'IMPÉRATRICE, de plus en plus glaciale et absente, indiquant de la main le bijou d'or suspendu à la ceinture de l'Empereur.
Alors, maintenant, donnez!
L'EMPEREUR, dans une soudaine exaltation de désespoir.
Non! non!... De mes propres mains, vous donner.... Je ne peux pas!... Ayez pitié!... Je ne peux pas! Je ne peux pas!
L'IMPÉRATRICE, durement.
Ah! votre serment, sire, votre parole impériale.... Donnez, voyons!...
L'Empereur, après un silence encore, s'agenouille devant elle, arrache de sa ceinture la boîte d'or et la lui présente lentement, le visage caché contre terre.