L'IMPÉRATRICE, après avoir ouvert la boîte d'or, parlant doucement, et comme un enfant qui rêve.

En effet ... de très petites perles qui brillent.... Et la mort, c'est cela!... La paix, le néant, c'est cela!... (Elle porte les perles à ses lèvres, puis jette à terre la boîte d'or, et se lève exaltée. Triomphante, debout et dominant la salle, aux Invisibles qui sont dans l'air:) O mes ancêtres, regardez moi tous: ne suis-je pas glorieuse? Me voici à cette place d'où, pendant des siècles, vous avez dominé le monde, et c'est sur le trône, usurpé par le Tartare, que je vais mourir! Votre fille est restée digne de sa race; malgré la tentation surhumaine, elle a tenu sa parole. Ouvrez toutes grandes devant elle les portes funèbres: la voici, elle vient!... (Souriante et douce tout à coup, à l'Empereur resté agenouillé.) Et maintenant que tout est accompli, approchez-vous, sire. (Elle le prend doucement par la main, pour lui indiquer de se relever et de s'asseoir.) Une seconde fois dans sa vie, l'Impératrice vous invite à vous asseoir ... comme jadis là-bas, vous souvenez-vous, un matin, dans mon palais qui n'est plus. ...

Elle se rassied sur le trône.

L'EMPEREUR, en rêve.

Comme jadis là-bas, dans vos jardins, l'inoubliable matinée.... Autour de nous, ces grandes fleurs des lointains climats qui s'ouvraient, humides encore des rosées de la nuit.... Et ce beau Phénix impérial, qui rayonnait dans toute sa gloire....

Il se laisse tomber sur le trône auprès d'elle, la tête cachée contre le dossier.

L'IMPÉRATRICE

Aujourd'hui, sur ces fleurs, la flamme des incendies a passé.... Et il agonise, le Phénix, qui a brûlé ses ailes à tous les feux de la guerre.... Mais, au seuil de la mort, il vous dira son secret le plus profond; à votre tour, entendez-le!... (L'Empereur redresse la tête et la regarde.) Tout à l'heure, vos paroles de noble et magnifique sacrifice ... oh! sous mon masque impassible, avec quel trouble ne les ai-je pas écoutées!... Et j'aurais cédé peut-être, si ce devoir que vous me présentiez n'avait dû être qu'un pénible devoir; mais il m'eût été trop aisé et trop doux ... car je vous aimais.... (L'Empereur se lève.) Et, vivante, je n'ai plus droit au bonheur, puisque ce grand bûcher humain dans mon palais, c'est moi qui....

L'EMPEREUR, interrompant avec exaltation.

O ma souveraine!... O ma belle fleur fauchée!... Entendre cela de vos lèvres, au moment où elles vont se glacer pour jamais.... Oh! être aimé de vous, je n'y croyais plus, moi.... Et pas un secours possible, ni des hommes, ni des dieux, rien!...