PRINCE-AILÉ

Il est pareil de tous points.

PRINCE-FIDÈLE

Et vous tous, nobles chefs, savants lettrés, dignitaires, votre pensée est-elle aussi qu'il faut éloigner le jeune Empereur? (Tous inclinent la tête en silence.) Et non pas demain, non pas ce soir, hélas! car chaque minute aggrave le péril!... Dès maintenant, si Votre Majesté consent au sacrifice.

L'IMPÉRATRICE

Oh! vous me prenez dans un cercle de fer, que vous resserrez, que vous resserrez trop vite.... Mais où donc sont-elles, les armées du Tartare?... Pas sous nos 'murs encore, nous ne sommes pas investis! Les routes sont ouvertes.... (Elle serre son fils contre elle-même.) Laissez-le moi encore un jour. Au moins, donnez-moi le temps de trouver de la force, pour accepter le désespoir.... Je suis l'Impératrice, oui; mais je suis aussi une mère!... A une mère, on n'enlève pas son enfant comme on arrache une fleur de sa tige.... Attendez!...

PRINCE-FIDÈLE

Attendre, ô ma souveraine! Mais votre chagrin ne serait-il pas infiniment plus affreux si un malheur arrivait par la faute d'une tendre faiblesse? Songez au désordre d'un siège, à l'horreur et aux risques des combats! Remercions le ciel d'avoir le temps encore d'y dérober notre jeune maître. Dès que le danger sera conjuré, il vous reviendra.

L'IMPÉRATRICE

Ah! non, ne parlez pas de retour, pour leurrer ma détresse, comme on fait aux enfants!... Laissons l'avenir, qui est nébuleux et noir ... Mais la sagesse a parlé, et ma révolte est passée, j'aurai la force de me soumettre. (A l'enfant, qu'elle tient toujours serré contre elle-même.) Mon fils! il faut, pour quelque temps, vous éloigner de moi.... Ah! les larmes noient mes yeux à cette idée. Mais si je pense à vous garder en ce palais au milieu de si terribles dangers, l'angoisse broie mon cœur dans ses serres.... Mon bien-aimé, il faut partir....