L'ENFANT, l'entourant de ses bras.
Quoi! A cause des Tartares, partir? Mais je n'ai pas peur, moi!... Est-ce que vous le croyez, que j'ai peur?... Vous restez bien, vous, ma mère, et, où vous restez, je resterai aussi.... A cause des Tartares, quitter ma mère? Je ne veux pas! Vous m'entendez tous: non, je ne veux pas!
L'IMPÉRATRICE
Mon fils!... Votre courage sera plus grand encore de me dire adieu. Et il faut vous montrer digne, déjà, de votre mission haute et surhumaine. Songez que vous n'êtes pas un enfant ordinaire. Sous votre chair de fleur, dans le délicat réseau de vos veines, une sève divine est enfermée; la dynastie de la Lumière aboutit à vous seul. O mon bien-aimé! Vous êtes le Fils du Ciel.
L'enfant, très pensif, baisse la tête.
PRINCE-FIDÈLE
Levez le front, ne le courbez pas devant l'éblouissement du nom lumineux de vos ancêtres. Déjà il vous faut maîtriser vos sentiments. Votre cœur, vous le devez à ce peuple innombrable, qui est vaincu, et opprimé, qui attend de vous sa délivrance; à lui seul appartiennent vos pensées, vos actions, votre vie même.
L'ENFANT, triste et grave. Je partirai.... Je ne pleurerai pas....
L'IMPÉRATRICE
A qui le confierons-nous, notre bien suprême? car vous y avez pensé déjà, je devine que vos plans sont faits.