Quand on y passe, le matin, on les entend déclamer leurs rôles, ou imiter—à n'en plus finir—le chant du coq. Il paraît qu'il n'y a rien de tel pour fortifier la voix. Les théâtres, n'ont, en général, pas de troupe spéciale, des troupes ambulantes jouent dans les uns et dans les autres; le plus souvent, elles courent la province et sont engagées par les préfets ou par les bonzes, à l'occasion d'une fête populaire, soit dans les maisons de riches particuliers qui veulent faire suivre l'agrément d'un festin par le plaisir plus noble d'une représentation. Dans ce cas, à l'instant où l'on se met à table, on voit entrer cinq acteurs, richement vêtus, qui se prosternent. Puis l'un d'eux, présente au maître de la maison un livre qui contient en lettres d'or les titres d'une soixantaine de pièces que la troupe est en état de représenter sur-le-champ: on fait circuler cette liste et le convive le plus qualifié désigne la pièce qui lui plaît le mieux.

Toute œuvre dramatique, disent les maîtres, doit avoir un sens sérieux et un but moral. Une pièce sans moralité est ridicule... Elles doivent présenter les plus nobles enseignements de l'histoire, à ceux qui ne savent pas lire, montrer des peintures, vraies ou supposées de la vie, capables d'inspirer la pratique de la vertu. Une pièce immorale est un crime. Son auteur est puni, dans l'autre monde, et son expiation dure aussi longtemps que sa pièce est jouée sur la terre.

Déjà au huitième siècle, dans le palais de Tchane-Ganne, l'empereur Mine-Roan avait fait édifier un superbe théâtre, dans lequel il joua en personne.

Il s'occupait lui-même de sa troupe d'acteurs, dirigeant les études et les répétitions. Elles avaient lieu le plus souvent, dans une partie des parcs qu'on appelait «l'Enclos des poiriers.» C'est pour cela que l'on nomme encore quelquefois les acteurs, «Les élèves de l'enclos des poiriers.»

L'engouement de la cour pour l'art théâtral gagna vite les hauts fonctionnaires et les particuliers. Chacun voulut avoir son théâtre privé, ses acteurs et sa troupe de danseurs. Cela devint bientôt une folie qu'il fallut réprimer; on limita entre autres, le nombre des danseurs que chacun, selon son rang, fut autorisé à entretenir: on en accorda soixante-quatre à l'empereur, trente-six aux princes du sang, seize aux ministres, huit aux membres de la noblesse, deux seulement aux lettrés et aux particuliers.

Les ballets, à cette époque, étaient extrêmement magnifiques et portaient des titres pompeux. Ils s'intitulaient: Le Portique des nuées; Le Grand tourbillon; La Cadencée, qui est, paraît-il, la plus gracieuse danse de l'antiquité; La Grande Dynastique, celle-ci lente et grave; La Bienfaisante; la Guerrière; la danse de la Plume, du Bouclier, des Banderoles bariolées. Il y en avait une, celle du Dragon, dont les évolutions avaient lieu dans l'eau, et une autre, où figurait un taureau avec lequel le danseur luttait en le tenant par les cornes.

Cet empereur, Mine-Roan, qui ne dédaigna pas de monter sur les planches, est considéré encore aujourd'hui, comme le patron du théâtre et des comédiens. Dans les coulisses, sa statuette est toujours placée sur un petit autel où l'encens brûle toujours. Chaque acteur, avant d'entrer en scène, salue pieusement l'image de celui qui, il y a dix siècles, leur fut bienveillant, et protégea les artistes. Et rien n'est plus touchant que l'expression de cette reconnaissance qui ne finit jamais.

CHAPITRE VII

LA MAISON

Les maisons chinoises, même les plus opulentes s'élèvent rarement au-dessus du rez-de-chaussée; elles se composent d'une suite de bâtiments séparés par des cours, et affectés chacun à un usage particulier. On construit le plus souvent sans fondations ni cave, sur de larges bases en moellons qui reposent immédiatement sur le sol; les murailles minces, hautes de 20 à 25 pieds, sont faites de briques d'une couleur cendrée: la brique vaut en Chine, suivant son volume, de 18 à 45 fr. le mille. Les tuiles qui recouvrent la toiture sont creuses comme des gouttières; on les pose d'abord sur le côté bombé en rangées longitudinales contiguës, puis les rainures plus ou moins larges que les rangées laissent entre elles, et qui pourraient donner passage à la pluie, sont recouvertes par d'autres tuiles placées en sens inverse; puis tous les matériaux disparaissent sous les peintures brillantes et les ornements. Les chevrons des toits dépassent toujours l'aplomb des murs et les dessous de ces avancements sont le prétexte de délicieuses décorations. C'est aux poutrelles entrecroisées sous ces auvents que l'on suspend les grosses lanternes ovoïdes sur lesquelles est écrit d'ordinaire le nom du propriétaire de la maison.