—Une audience du vice-roi! répéta la vieille au comble de la stupeur.
—Il me chargera sans doute d'une mission et je serai absente longtemps.
Elle s'enfuit et de loin cria encore:
—Au revoir!... Dites aux bonzes de prier pour moi.
—Jade Pur! Jade Pur! Ne nous abandonne pas! gémit l'aïeule qui tremblait tellement que son fagot de bois sec cliqueta sur son dos.
Et le petit Parfum Brûlé se mit à pleurer à chaudes larmes.
Le vice-roi du Fo-Kiang résidait à Liang-Kiang, la capitale de la province, et son palais magnifique, avec ses jardins et ses dépendances, couvrait une surface immense. Devant l'entrée principale, deux lions de pierre se cabraient pour soutenir une poutre de bois rouge, à laquelle était suspendu un gong énorme au métal étincelant.
Jade Pur avait gravi les marches et, haussée sur ses petits pieds, avec une violence surprenante, de ses poings fermés tapait sur le disque sonore qui flamboyait au soleil couchant.
Bien que ce gong fût placé là pour permettre au plus infime sujet de l'éveiller afin d'en appeler à la justice du vice-roi, personne n'osait jamais l'effleurer, et quand roulèrent les vrombissements formidables du bronze mêlé d'or sous les poings délicats de la jeune fille, les gardes s'élancèrent-ils, la lance levée, pour punir et chasser l'imprudent qui se rendait coupable d'une telle chose.
À travers la paix et le silence du soir, seul en un pavillon où il aimait à lire et à rêver, le vice-roi perçut les lointaines vibrations du gong de justice, et comme c'était la première fois qu'il les entendait, il eut la curiosité de savoir qui l'avait frappé et ce que réclamait ce mécontent.