Puis ces signes se multiplièrent, se combinant entre eux à l'infini, se compliquant, jusqu'à former une armée d'au moins quarante mille caractères.

Plus de quatre cents millions d'hommes se servent de cette écriture, la plus difficile qui soit au monde. La Chine, le Japon, la Corée, l'Annam, la Cochinchine, tout en les prononçant d'une façon différente, font usage de ces caractères.

Il existe en Chine au moins dix-huit dialectes de la langue parlée, tous assez différents les uns des autres pour que ceux qui les parlent ne se comprennent pas entre eux. Cela ajoute encore un écueil à l'étude du Chinois, déjà d'une si extrême difficulté.

CHAPITRE III

L'INSTRUCTION ET LES GRANDS EXAMENS

En Chine, toutes les études portent presque exclusivement sur les lettres et l'histoire: l'écolier doit apprendre à bien comprendre et à retracer exactement les innombrables caractères idéographiques qui composent l'écriture, en même temps, il lui faut apprendre successivement par cœur les livres classiques; s'il est un bon élève, il pourra se présenter aux examens annuels, puis subir les trois épreuves du grand concours triennal et obtenir les grades de Siou-tsai, bachelier, Kiu-gin, licencié, Tsin-se, docteur, et même devenir membre de la forêt des pinceaux, Han-lin, c'est-à-dire académicien. Les épreuves triennales ont lieu vers la fin septembre au chef-lieu provincial. Dès que les candidats arrivent, ils sont minutieusement fouillés et introduits dans d'étroites cellules munies d'un banc, d'une table et de quelques ustensiles de cuisine, on les enferme au verrou et ils sont surveillés par des soldats. Il ne leur est permis d'emporter avec eux aucun livre et de communiquer avec qui que ce soit, les examens durent un jour entier et le canon, qui donne le signal du commencement, en annonce la fin. Voici le programme des trois épreuves: Composition sur un sujet donné pris dans les quatre Livres. (Les quatre livres contiennent les dialogues de Confucius avec ses disciples.) Composition sur un sujet pris dans l'œuvre de Ming-Tsin (Minicius). Composition sur un thème choisi dans un livre de Confucius, intitulé «La Grande Étude.» Développement d'un sujet pris dans l'invariable milieu, œuvre d'un petit-fils de Confucius.

Dans la deuxième épreuve, on commente par écrit des thèmes choisis dans les cinq livres qui sont: le Chi-Kin, livre des vers; le Chou-Kin, histoire de l'antiquité; le Che-Kin, livre mystérieux, philosophique, et symbolique où il est traité du Ciel et de la Terre, des oracles, des sorts; le Ly-Ki, livre des rites, qui enseigne les règles de conduite, la politesse, l'étiquette; puis une composition poétique s'inspirant d'une pièce de vers d'un poète célèbre.

Dans la troisième épreuve, on traite des sujets très divers: l'examinateur pose des questions sur l'histoire ancienne et moderne, la politique indigène ou étrangère, les mathématiques, la géographie, etc...

Les examinateurs sont d'une sévérité implacable; la plus minime erreur, l'équivalent d'une virgule oubliée ferait tout perdre à la composition la plus parfaite.